Tariq Ramadan: «Nous ne sommes pas ici pour être acceptés. Nous sommes ici pour changer la société.»

Publié le 9 Janvier 2014

Du 27 au 29 décembre 2013, la conférence Reviving the Islamic Spirit (RIS) 2013 s’est déroulée à Toronto. À chaque jour, Tariq Ramadan a prononcé un discours. Ses trois discours sont disponibles sur son propre canal YouTube.

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Voici quelques points saillants des discours de Tariq Ramadan.

Extrait 1 – «Nous ne sommes pas ici pour être acceptés. Nous sommes ici pour changer la société.»

 Jour 1 (Vidéo TR 48:56 – Extrait sur PdeB) Je suis désolé de voir qu’il y a maintenant trop de musulmans qui désirent une vie paisible, qui désirent être reconnus, être acceptés mais qui ne sont pas prêts pour la lutte et la lutte c’est… Nous ne sommes pas ici pour être acceptés. Nous sommes ici pour changer la société. Nous devons nous impliquer.

Extrait 2 – Tariq Ramadan au sujet du Qatar et de l’Arabie saoudite

Jour 3 (Vidéo TR 12:04) Maintenant… Et très critique également… Vous savez, durant de nombreuses années, je ne pouvais pas aller en Arabie saoudite… Critique des États du Golfe. Je n’ai jamais accepté cette explication qui veut que les Saoudiens d’un côté et le Qatar de l’autre jouent des jeux différents au profit d’intérêts différents. Je suis très, très prudent sur cette question et je l’ai dit il y a dix ans. Je me pose des questions au sujet du Qatar, au sujet d’al-Jazeera. Même en ara(be). Je l’ai écrit. Tout est écrit. C’est sur mon site internet ou dans mes livres. Voici ce que j’ai dit. Nous devons avoir l’esprit critique, être libre et indépendant. Et essayer de… Si je dois critiquer quelqu’un… les sécularistes, les Islamistes, peu importe, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition. Voici où nous devons être indépendants. Et vous, en tant que citoyens canadiens impliqués là-dedans, la meilleure chose que vous puissiez faire est d’apporter une critique constructive. De ne pas vous taire mais d’essayer de considérer la vue d’ensemble et d’arriver avec une meilleure explication.

Extrait 3 – Tariq Ramadan critique Youssef Qaradawi et d’autres exégètes musulmans

INTRODUCTION

Jour 3 (Vidéo TR 21:21) Je pense que nous devons respecter nos exégètes et je serai le premier à les respecter. Mais, vous savez, quand vous avez affaire à vos exégètes… Nous avons un problème d‘autorité, soit dit en passant. Nous aimons que nos leaders soient charismatiques et, pour nous, des leaders charismatiques… Peu importe ce que vous dites… Masha’Allah! (Fantastique suivi d’un extrait en arabe) Ce n’est pas la façon de faire. Si la discussion porte sur la religion et que vous me donnez votre opinion… D’abord, vous être mon cheik en autant que vous me donniez la preuve de ce que vous avancez. Quand on discute de politique, il est possible que je puisse diverger d’opinion.

YOUSSEF QARADAWI (QATAR)

Jour 3 (Vidéo TR 21:50) Et j’ai dit ceci… Cheik al-Qaradawi, de qui j’ai tant appris mais que j’ai critiqué sur plusieurs points. Ma position sur l’identité occidentale était critique. Ma position sur (Passage en arabe)… Je suis chez moi. Alors, nos discussions (Passage en arabe). Nous n’étions pas d’accord. Je ne le suivais pas sur ce qu’il disait au sujet des civils en Israël. Je pensais et j’ai dit que je ne suis pas d’accord avec ça. Résister à l’armée, oui; tuer des civils innocents, non. Ce n’est pas la façon. Alors, nous avons un esprit critique avec nos exégètes. Je l’ai critiqué quand il parlait des chiites d’une façon… demandait aux gens de prier contre les chiites. J’ai dit non. Mais je ne prendrai pas une approche tout noir ou tout blanc. Tout ce qu’il a donné… J’ai pris ce qui était bon et il a beaucoup donné. Mais, pour certains aujourd’hui, d’utiliser ça pour le placer du côté sombre de l’histoire, ce n’est pas acceptable mais nous devons garder un œil critique. C’est la façon dont nous sommes. Mais nous devrions également critiquer les autres exégètes. Tous les exégètes.

 MOHAMED SAÏD RAMADAN AL-BOUTI (SYRIE)

Jour 3 (Video TR 22:52) Cheik al-Bouti, par exemple, en Syrie. J’ai été clair. Plusieurs des choses qu’il a écrites étaient excellentes, excellentes. Mais la façon par laquelle il a appuyé Bachar al-Assad et son père, j’ai dit que ce n’était pas correct. Vous ne pouvez pas faire ça. Bachar al-Assad et son père étaient des tyrans. Ils tuaient les gens et ils devraient partir. Je ne suis pas naïf en ce qui concerne l’opposition mais les principes sont les principes. Un tyran devrait partir. Point. C’est la façon dont nous sommes. C’est la façon dont nous devons être et c’est ce que nous devons dire. Nous devons également porter un œil critique. Si nous ne portons pas un œil critique sur les autorités religieuses, nous n’allons pas aider, vous savez, à la qualité du leadership. La qualité des exégètes se mesure à la qualité de ceux qui les suivent. Nous venons ici et maintenant c’est le silence. Ne parlez pas de ces choses… Je n’accepte pas ça parce que, comme je l’ai dit, le silence est un message politique.

 ALI GOMAA (EGYPTE)

Jour 3 (Vidéo TR 23:57) Et alors vous en venez à… J’étais l’élève de Cheik Ali Gomaa et Cheik Ali Gomaa est un grand exégète quand il s’agit des références islamiques. Cheik Ali Gomaa qui prend position sur les gens dans la rue, (…), riff-raff, vidanges, déchets. Vous, mon cheik. Vous pouvez dire de telles choses à propos des gens. Je suis désolé. Je suis désolé. Au nom de l’islam, je me lève et je vous dis : vous avez tort, vos mots sont inacceptables et ce que vous avez dit devant al-Sisi (le ministre égyptien de la Défense et le Commandant en chef des Forces armées) est inacceptable et je ne vais pas l’accepter. Parce que vous êtes… (Les spectateurs commencent à applaudir et Ramadan leur demande d’arrêter.) Non, non, non. Pensez à propos de cela car vous devez faire une duaa (invocation dans l’islam) pour ces gens car il a émis une fatwa claire justifiant de tuer. (Passage en arabe) Qu’est-ce que ça veut dire? Tirer sur la foule. Tirer sur la foule. Vous pouvez dire ça et ensuite dire aux gens, si vous supportez la constitution, Dieu est avec vous (Expression en arabe). Ce n’est pas acceptable et quiconque vient ici pour me dire : «Vous Tariq, comment pouvez-vous dire de telles choses au sujet des exégètes?» Non seulement je dis ça sur les exégètes mais, au nom de l’islam et pour le futur des communautés musulmanes autour du monde, je vais continuer à parler de la sorte, avec sagesse, et je ne vais pas arrêter. Parce que c’est inacceptable. 

 (…)

Jour 3 (Vidéo TR 26:30) J’étais son élève mais je suis désolé, je ne vais pas accepter ça. Je ne vais pas accepter qu’un exégète dise à l’armée : «Vous devez purifier nos rues». Quoi? Quand (l’ancien président français) Sarkozy a utilisé les mêmes mots, riff-raff, racaille, les gens ont dit en France : «Regardez-moi ce raciste». Cheik Ali Gomaa, vous traitez vos propres citoyens de cette façon. Je suis désolé. Deux situations sont possibles : soit qu’ils ont quelque chose contre vous dans leurs dossiers et alors la seule chose que je vais vous demander c’est de vous taire. Mais si vous dites ces… en toute liberté, je ne vais pas l’accepter non plus car c’est encore plus dangereux pour nous.

(…)

Jour 3 (Vidéo TR 28:20) Et si vous n’aimez pas un exégète… Comparez ce que j’ai dit avec Cheik Ali Gomaa. J’ai appris beaucoup de choses de lui. Il est très fort au plan intellectuel. Mais sur les questions politiques maintenant, je ne peux pas accepter

LES EXÉGÈTES QUI PARTICIPENT À LA CONFÉRENCE RIS ONT UN PROBLÈME D’ÉGO

Jour 3 (Vidéo 25:32) Vous savez, il y a beaucoup d’égo de ce côté. Vous savez, les gens qui vous disent «Soyez modestes», «Soyez humbles»... Mais nous avons beaucoup d’égo. Les exégètes ont un grand jihad à mener avec l’égo. Je peux vous dire ça. Le grand jihad des exégètes c’est l’égo.

Extrait 4 – Tariq Ramadan soutient qu’il a conseillé aux Frères Musulmans égyptiens et au Hamas de ne pas chercher à gagner des élections

Jour 3 (Vidéo TR 08:51) Nous pouvons voir qu’il y a un problème et, dès le début, et plusieurs personnes m’ont critiqué quand j’examinais certaines tendances. En Tunisie ou au Yémen ou en Afrique ou avec les Frères Musulmans en Égypte, je dis : vous faites erreur. Ce n’est pas la bonne façon de faire. Vous êtes tellement obsédés par le pouvoir parce que vous avez été dans l’opposition durant soixante ans. Vous n'êtes préoccupés que par le pouvoir. Ma position était : n’y allez pas. Ne cherchez pas à vous faire élire. C’est un piège. Vous allez vous faire prendre et quelque chose qui n’est pas… Servez les gens. Soyez un contre-pouvoir. Qu’il soit (connu) que vous êtes ici pour servir, pas pour prendre le contrôle. «Vous ne comprenez pas. Vous êtes un citoyen suisse. Restez là-bas».Je me suis fait dire ça. Je me suis fait dire ça. «Restez en…» Vous savez, parfois, ils ont cette perception qu’à la périphérie vous ne comprenez rien de ce qui se passe au centre. Ce qui, je pense… Soit dit en passant, j’ai dit la même chose au Hamas plusieurs années auparavant. C’est un piège. Vous allez avoir une autorité sans pouvoir. C’est un piège. Ils veulent que vous gagniez pour en finir avec vous.

Confusion au sujet du téléchargement des discours de Tariq Ramadan

Le 31 décembre 2013, peu après qu’un des discours de Tariq Ramadan ait été téléchargé sur YouTube, les organisateurs de RIS ont contacté Ramadan via Twitter et lui ont demandé d’éliminer son message Twitter contenant un hyperlien vers cette vidéo. Les organisateurs de RIS ont justifié leur demande en faisant valoir que les vidéos étaient «de faible qualité (car) ils provenaient de ce qui avait été diffusé en direct (live stream broadcast).» Ils ont déclaré que ces vidéos seraient retirées de YouTube et promis d’en télécharger d’autres qui soient de meilleure qualité bientôt.

Le 1er janvier 2014, après que la vidéo ait effectivement été retirée, les trois discours de Tariq Ramadan ont été téléchargés sur son propre canal YouTube.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire d'Islam

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Essylu 11/01/2014 02:48


Ne peut que confirmer mon positionnement sur l'article 35 de la déclaration du citoyen de 1793 n'en déplaise à Marine et à ses minets sectaires

Pivoine 10/01/2014 13:45


Je suis désolé de voir qu’il y a maintenant trop de musulmans qui désirent une vie paisible, qui désirent être reconnus, être acceptés
mais qui ne sont pas prêts pour la lutte et la lutte c’est… Nous ne sommes pas ici pour être acceptés. Nous sommes ici pour changer la
société. Nous devons nous impliquer.


 


Tous ceux qui croient aux vertus du multiculturalisme (et pas seulement en France) devraient prendre connaissance de ces propos !