Tariq Ramadan pousse ses pions contre l'occident avec son nouveau titre "l'islam et le réveil arabe".

Publié le 17 Octobre 2012

Voici la traduction (merci à Marc) d’un article de Michael J. Totten paru ici  en anglais sur Tariq Ramadan.

Sohrab Ahmari du Wall Street Journal jette un regard sans complaisance au nouveau livre de Tariq Ramadan, L’islam et le réveil arabe, et ce n’est pas joli. L’homme que le Time et Foreign Policy ont salué comme l’un des plus grands intellectuels du monde se révèle être un théoricien hystérique de la conspiration, de ces théories que l’on trouve pas seulement en Occident, mais également au Moyen-Orient.

Ramadan, né en Suisse, est le petit-fils de Hassan al-Banna, fondateur du courant égyptien des Frères musulmans, et professeur d’études islamiques contemporaines à l’Université d’Oxford. Il a publié plus d’une vingtaine de livres sur l’Islam, la politique, la politique islamique, et est parvenu jusqu’à présent à se faire passer pour un politique modéré et un intellectuel de premier ordre, bien qu’il ne soit ni l’un ni l’autre.
Si l’on en croit Ramadan, écrit Ahmari, “le gouvernement américain et « de puissantes sociétés américaines » ont appuyé les jeunes militants qui ont déclenché le printemps arabe afin « d’ouvrir les marchés arabes et l’intégration de la région dans l’économie mondiale ».”

Cette analyse est brillante d’idiotie. Elle irradie violemment par son absurdité. Que savent les “puissantes sociétés américaines” du renversement de dictatures tyranniques comme celle de Mouammar Kadhafi en Libye, d’une dictature militaire comme celle d’Hosni Moubarak en Egypte, ou des créatures sectaires façon soviétique que la famille Assad a fait éclore parmi le peuple de Syrie?

Pourquoi de  ”puissantes sociétés américaines” se soucieraient-elles ne fût-ce qu’une seconde de l’Égypte? Il n’y a pas d’argent à faire là-bas. La moitié du pays vit avec moins de deux dollars par jour. Il consomme peu et n’a aucune exportation de valeur. L’Inde, la Chine et le Brésil sont d’importants marchés émergents, mais l’Égypte? Soyons sérieux. Et quel conseil d’administration ayant le moindre sens commun perdrait son temps à seulement évoquer l’« appui » de militants dans un trou perdu comme le Yémen? Le Yémen, du point de vue des entreprises, est hors de la planète.

Même si les pilleurs et violeurs capitalistes de ce monde avaient vu des billets verts apparaître  dans leurs yeux avides en regardant vers le Caire—proposition ridicule pour toute personne y ayant mis les pieds—le gros des militants laïcs d’Égypte et de Tunisie ne se mettent pas plus en pamoison devant les grandes sociétés que Tariq Ramadan. Presque tous ceux qui ne sont pas islamistes sont de gauche d’une manière ou d’une autre.

Ramadan pense qu’il est suspect que les activistes utilisent comme bannière l’image d’un poing levé. Pourquoi n’aime-t-il pas l’image du poing? Parce que les Serbes qui ont renversé le meurtrier de masse Slobodan Milosevic ont utilisé le poing, eux aussi. Et les États-Unis ont soutenu l’éviction, l’arrestation, l’emprisonnement et le procès pour crimes de guerre intenté à Milosevic.

Mais ce poing n’est pas corporatiste. Et il est clair qu’il n’est pas impérialiste. Ce poing est socialiste.

Le militant égyptien Wael Ghonim était directeur du marketing de Google dans la région, mais quelle importance? Google ne le payait pas pour faire tomber Hosni Moubarak. C’était un gars du marketing. Des milliers et des milliers de personnes ont participé aux révoltes arabes. Bien sûr, certaines d’entre elles travaillaient pour une société ou une autre. Comment aurait-il pu en être autrement? Qu’aucun de ces militants n’ait travaillé pour une entreprise—voilà qui aurait été étonnant. La probabilité statistique que cela se produise est à peu près équivalente à un million de lancers de pièces tombant sur « face ».

J’ai passé beaucoup de temps à interviewer les militants à Tunis et au Caire, et n’en ai pas encore rencontré un seul qui se soit mis au diapason du globalisme corporatiste. Ils sont descendus dans les rues pour les mêmes raisons que les révolutionnaires de partout descendent dans les rues—pour faire tomber un régime corrompu et répressif pour le remplacer par quelque chose d’un peu moins odieux.

Tous ceux qui vivent dans le monde arabe le savent. Tous. Même ceux qui auraient préféré le statu quo. Le problème de Ramadan, c’est qu’il se vautre dans une théorie du complot version moyen-orientale que les Moyen-Orientaux eux-mêmes ne prennent pas au sérieux. «La région a évolué», comme le dit Ahmari, et il a raison.

Mais il y a pire. Voici Ahmari expliquant le point de vue de Ramadan sur la dernière année et demie:

N’était-ce pas “rapporter” que le philosophe français Bernard-Henri Lévy a soutenu le soulèvement libyen, « étant donné le soutien de l’homme à Israël, ainsi que de son accès et de ses missions dans les plus hautes sphères de l’État sioniste? » Afin de réduire l’intervention de l’OTAN en Libye à une instance de l’impérialisme occidental, M. Ramadan est même prêt à réhabiliter Mouammar Kadhafi. Le dictateur libyen était apparemment un autocrate relativement inoffensif; les «horreurs [commises par son régime] ont été délibérément exagérées ».

[...]

Al-Jazeera fait aussi partie de la conspiration, apparemment. Les reportages du réseau Qatari pendant le printemps arabe, pense l’auteur, “se sont révélés objectivement utiles aux fins de l’administration américaine.” En revanche, M. Ramadan ne dit pas un mot de Press TV, organe anglophone du régime de Téhéran, qui a milité sans relâche en faveur de la Syrie de Bachar al-Assad et est tristement célèbre pour avoir diffusé des aveux sous contrainte après le soulèvement iranien de 2009. (M. Ramadan est l’hôte d’une émission du  réseau iranien, ce qui lui a coûté un poste de professeur à l’Université Erasmus de Rotterdam parce que l’institution néerlandaise n’a pas toléré ses liens avec un tel « régime répressif ».)

Je ne sais pas quoi ajouter. Faut-il ajouter quelque chose? Que faut-il dire au sujet d’un homme qui anime une émission sur la chaîne de propagande d’un régime fasciste et qui pense que les crimes de Kadhafi étaient exagérés? Il n’est simplement pas crédible ni respectable. L’Université Erasmus a fait le bon choix lorsqu’elle l’a congédié.
Quelque chose doit cependant être dit à propos de sa légion de pom-pom girls et adjuvants occidentaux. Il y a d’ailleurs tellement de choses à dire sur ces gens que Paul Berman leur a dédié un livre entier intitulé La fuite des intellectuels.

J’ai interviewé Berman il y a deux ans et demi lorsque son livre est sorti. Nous avons parlé longuement. Il pense comprendre pourquoi Ramadan a autant de fans en Occident, même cela ne lui plait pas. Voici une partie de ce qu’il a dit:

Les progressistes occidentaux, certains d’entre eux du moins, défendent Ramadan pour deux raisons. Si vous écoutez Ramadan pendant quinze minutes, vous verrez qu’il dit toutes les bonnes choses, tout ce qu’une personne bien-pensante et ouverte au monde voudrait entendre d’un tel homme. Il est contre le fanatisme, il est contre l’antisémitisme, il est contre le terrorisme, il est pour les droits des femmes, il est pour les libertés démocratiques, il est pour une société tolérante et multi-religieuse guidée par des valeurs laïques. Il est pour la science, l’apprentissage et l’illumination. Il est en faveur de toutes les bonnes choses. Il n’y a pas un seul point contestable dans les quinze premières minutes de son exposé.

Malheureusement, la seizième arrive, et si vous êtes toujours attentif vous apprenez qu’il veut que nous révérions les plus vicieux et les plus réactionnaires des cheikhs islamistes—Des personnes qui prônent la violence, le fanatisme, le totalitarisme et la terreur. La seizième minute n’est pas très bonne. Son progressisme s’effondre complètement.

Il y a beaucoup d’intellectuels progressistes et modérés dans le monde arabe. Des vrais, intelligents, brillants. J’ai interviewé beaucoup d’entre eux. Certains sont mes amis. Beaucoup ont été victimes d’intimidation, menacés et même assassinés par les fervents partisans du grand-père de Tariq Ramadan.

Je ne sais pas si le nouveau livre de Ramadan et son engagement en tant qu’instrument du gouvernement iranien vont enfin le révéler aux yeux des progressistes occidentaux pour ce qu’il est, un anti-progressiste engagé, mais à terme c’est inévitable.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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