Télé-réalité des hommes politiques : le constant abaissement de la fonction.

Publié le 3 Novembre 2014

 Par Gabriel Robin - Bd Voltaire

La chaîne D8, appartenant au groupe Canal+, s’apprête à lancer un nouveau programme de télé-réalité. L’idée est simple : grimer des hommes et des femmes politiques en Français lambda, afin qu’ils puissent réellement observer comment vit la France d’en bas. Penser que ces gens ont besoin de se déguiser pour comprendre la vie des Français fait froid dans le dos !

Le casting comprend quelques personnages très médiatiques du paysage politique français : Thierry Mariani dans la peau d’un handicapé en fauteuil roulant ; Geoffroy Didier en chanteur de rock sudiste ; Samia Ghali en mère divorcée à la recherche d’un logement pour elle et ses deux enfants ; ou encore Julien Dray en professeur de lycée. Heureusement que le ridicule ne tue pas, et que le déshonneur n’existe plus en ce monde.

En mal de reconnaissance, nos hommes politiques ont décidé de se muer en amuseurs publics, en bouffons. Ils procèdent d’ailleurs d’un phénomène entamé depuis déjà longtemps : l’abaissement du politique. Autrefois émanation de la première fonction souveraine, l’homme politique est progressivement devenu un gestionnaire des stocks et des ressources tel un banquier, pour désormais se voir réduit à jouer pleinement le rôle d’acteur, pire de participant à une émission de télé-réalité. Après « Les Ch’tis dans la jet-set », ou « Les Anges de la télé-réalité », voici « Les Élus chez les ploucs ».

Sous couvert de pédagogie et de « bons sentiments », l’émission cache une indécente volonté spéculative. On a peu de mal à imaginer un producteur se dire qu’un « Vis ma vie » (de pauvre) avec des hommes politiques serait susceptible de générer un énorme buzz et donc de gros bénéfices ! Une relation gagnant-gagnant, car les politiques participant à l’émission pourront augmenter leur cote de popularité, ou tout du moins leur visibilité.

Cette émission est une synthèse des maux qui affligent notre époque : règne du spectacle, argent roi, compassion factice, hystérie dans les débats, et surtout l’émotion au-dessus de tout, tant de l’honneur que de la raison. Qui peut décemment croire qu’un tel spectacle changera quelque chose à la situation des Français ou à la perception des problèmes quotidiens du pays par les dirigeants et les élus ?

Plus profondément, nous devons nous interroger sur notre rapport à l’image et à la souffrance. De nos jours, la souffrance se doit d’être spectaculaire, mise en scène. Tout est médiatisé à l’excès, la politique se résume à des slogans et les élus sont désacralisés au point de n’être que de simples people. Ce processus s’accélère depuis la présidence de Nicolas Sarkozy et l’avalanche récente de livres de confessions, notamment le tristement célèbre Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler.

Remarquons que le casting de ce futur spectacle télévisuel ne comprend aucun élu du Front national. Peut-être que ces derniers n’ont pas besoin de participer à une émission outrancière pour comprendre les préoccupations des Français…

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Rédigé par Gérard Brazon

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