Télévision, zapping et barbarie - par Natacha Polony

Publié le 6 Septembre 2011

Par Natacha Polony 

Quels sont donc ces enfants que nous avons engendrés, et qui sont tellement insensibles qu’ils peuvent s’entretuer, ou tellement en souffrance qu’ils peuvent se suicider ? Certains diront une fois encore qu’il ne s’agit que de faits divers, et que la société médiatique nous fait apparaître ce qui, autrefois, nous échappait. Certains diront que la violence juvénile, et même enfantine, a toujours existé, mais qu’elle nous frappait moins du temps où personne n’avait l’idée d’imaginer que les enfants étaient forcément innocents. Peut-être.
Mais qui dira qu’il n’est pas inquiet de voir cette jeunesse, qui, plus que tout autre génération, bénéficie d’un accès au savoir inégalé et de conditions de vie plutôt confortables – même dans ces quartiers défavorisés où l’on vit bien mieux que dans les bidonvilles des années 1960 – sombrer parfois dans le nihilisme et la violence, très souvent dans l'angoisse et la souffrance ? Tout en se gardant de trop généraliser, on peut s’interroger sur ces phénomènes, suicides d’enfants, pratiques addictives, coups, blessures et parfois tortures infligées sans la conscience d’avoir commis un acte grave.
Un livre publié au mois de février dernier, TV Lobotomie, apporte une part de réponse à ces interrogations. Dans ce livre vif et d’une clarté confondante, Michel Desmurget, chercheur en neurosciences à l’INSERM, bat en brèche cette idée reçue selon laquelle aucune étude ne prouverait fermement les effets délétères de la télévision, notamment sur la porosité des enfants à toutes ces formes de violences qui défilent sur le merveilleux écran. Car le chercheur a recensé les très nombreuses études – surtout anglo-saxonnes, puisque nous répugnons à voir les choses en face – prouvant que la plus populaire des inventions du siècle passé influence le destin des enfants que l’on colle devant avec bonne conscience, les prédisposant aux carences linguistiques, à l’échec scolaire, à l’obésité, aux grossesses précoces…
Bien sûr, il n’est pas question de prétendre que tous les maux de nos sociétés occidentales proviennent de ce seul outil. L’enfant souffrant au point de mettre fin à ses jours pour une mauvaise note, le garçon suffisamment déstructuré pour frapper à mort un jeune de son âge, sont avant tout le produit d’une déficience grave de l’entourage et de la société dans son ensemble. Mais le moins que l’on puisse dire, à lire les travaux décryptés par Michel Desmurget, c’est que la télévision aide largement à ce résultat. Tous ces scientifiques qui, apprenant que tel village, au Canada ou en Asie du Sud Est, allait être raccordé, se donnaient les moyens d’observer les changements impliqués par la belle modernité, tous ceux qui, patiemment, ont mesuré la corrélation entre le temps passé devant la télévision et la baisse du nombre de mots de vocabulaires employés par les enfants, ou du nombre de mots échangés dans la famille – et tout particulièrement dans les milieux favorisés – tous ces scientifiques ont apporté la preuve formelle que la télévision joue un rôle essentiel dans le délitement du lien familial et social, comme dans la capacité des enfants à maîtriser leurs pulsions. Le supposé « effet cathartique » du spectacle de la violence est un doux rêve que nous servent ceux qui ont intérêt à maintenir à disposition des vendeurs de camelote le temps de cerveau des jeunes générations.
Plus intéressant encore, les études montrent que les enfants ne sont pas demandeurs de la télévision. Ce sont les parents qui les mettent devant le plus tôt possible, qu’ils aient cru les allégations mensongères sur le caractère pédagogique de telle émission ou qu’ils cherchent simplement à les tenir hypnotisés pendant qu’ils vaquent à leurs occupations. Et qui a déjà vu un petit d’un ou deux ans absorbé dans la contemplation de cet écran magique auquel il ne comprend pourtant rien (un enfant, jusqu’à neuf ou dix ans, peut rester deux heures devant un programme sans être le moins du monde capable d’expliquer ce qu’il a vu) sait que la dépendance s’installe très tôt. Or, un enfant de 2 ans qui regarde la télévision une heure par jour double ses chances de présenter des troubles attentionnels. Une statistique parmi tant d’autres…
Pire, l’illusion de contrôle que peuvent avoir les parents s’évanouit devant cette vérité : les enfants regardent majoritairement des programmes qui ne leur sont pas destinés, et qui mettent devant leurs yeux des scènes dont ils sont incapables d’analyser le sens, mais qui les imprègnent profondément. Car, chers parents, les enfants zappent. Et ils le feront d’autant plus qu’ils seront livrés à la télévision sans un adulte pour les accompagner et mettre des mots sur ce qu’ils voient.
Cette culture du zapping fait d’ailleurs l’objet d’un second ouvrage, lui aussi passionnant, et intitulé Zapping ConnectionEric de Ficquelmont, après avoir occupé le poste de directeur général adjoint de Veolia, préside aujourd’hui, à titre bénévole, le comité d’organisation du concours des Meilleurs ouvriers de France. Rien qui puisse prédisposer à porter sa réflexion vers le rôle du court-termisme dans l’organisation des sociétés occidentales contemporaines. Mais c’est sans doute cette absence de spécialisation qui lui permet de déployer une pensée globale et d’offrir au lecteur une vision originale, parce que portant sur tous les domaines de notre vie, de l’alimentation à l’éducation, en passant par les rapports amicaux ou amoureux.
La thèse d’Eric de Ficquelmont a l’apparence du paradoxe : l’être humain porte en lui cette appétence pour le zapping, l’immédiateté, mais l’a enfouie sous des siècles de sédentarité. Et le caractère totalement inédit de notre époque consiste simplement dans le fait que la technologie rend possible comme jamais dans l’histoire de l’humanité l’abandon accéléré de l’existant pour le nouveau, l’oubli de ce qui a été et l’effacement de toute continuité. Le phénomène du zapping, matérialisé par cette télécommande qui nous a sédentarisés dans notre canapé, tout en permettant le nomadisme absolu de l’attention et la dissolution de la concentration, a gagné l’ensemble de nos comportements. Il nous interdit toute véritable construction, tout avenir. A l’appui de sa démonstration, Eric de Ficquelmont multiplie les références, les exemples, et nous offre, à travers les études scientifiques et les chiffres concernant aussi bien notre porosité aux messages publicitaires que le temps que nous passons à table ou le développement de la « twitterature », une masse d’information sur nos us et coutumes de zappeurs inconditionnels.
Cependant, l’auteur n’est pas un pessimiste. Il veut croire que cette propension au changement, cette adaptation au fluctuant, est une chance à saisir. A condition de s’arrimer à des fondations solides. La culture du zapping n’est un danger que pour ces générations à qui nul n’a fourni les anticorps pour résister à pareille invasion. Elle n’est un danger que lorsque l’Education, par la famille et par l’école, n’a pas ancré dans les jeunes cerveaux ces fondamentaux qui leur donneront accès à la pérennité, au temps long, à la profondeur historique. Apprentissage de la lecture, du vocabulaire et de la grammaire : voilà les seuls armes contre ce qui peut se changer en fléau.
Parents inquiets, jetez votre télévision par la fenêtre, vous dit Michel Desmurget, ou du moins, tenez vos enfants éloignés de cette arme de destruction massive. Mais plus que tout, prévient Eric de Ficquelmont, il nous faut nous rendre maîtres de ce flux auquel nous n’échapperons pas, et qui, maîtrisé, permet toutes les audaces. Cela passe par la langue, les livres et le temps.
Michel Desmurget : TV Lobotomie, Max Milo
Eric de Ficquelmont : Zapping Connection, Timée Editions

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Claude Germain V 06/09/2011 11:39



Madame Polony bonjour .je vais vous raconter une anecdote simple ,il y a quelques jours ,je me trouvais en compagnie d'amis d'enfance rentrés voila longtemps dans l'enseignement . Moi qui suis
une petite chose qui ressent et qui observe ,je leur ai fait une réflexion en leur disant que depuis Mai 68 environ ,je pensais qu'il s'était produit chez les parents de cette époque un laxisme
délirant qui a voulu qu'arrivé aujourd’hui en 2011 ,il y avait selon moi 2 générations fichus ,en comptant une moyenne de 20/25 ans par génération nous avions en partant de l'âge de 5 ans en 2011
jusqu'a 45/50 ans en arrière donc ces deux générations qui je pensais était (pardonnez moi le mot ) pourries jusqu'au trognon ,volontaires ,violentes ,égoïstes ,sans foi ni loi ,sales moralement
et souvent physiquement ,et je donnais un chiffre selon moi d'a peu prés 50% de la population .Mes amis m'ont regardé étonnés en me disant : mais effectivement tu as raison et selon les études de
l'éducation nationale dans certaines régions ,on arrive à presque 60% de défection morale .


Et cela continu avec plus de violence chez les parents actuels qui rajoutent par dessus cela une surprotection de leurs futurs monstres qui n'hésitent pas depuis bien longtemps a leur mettre le
couteau ou le cutter sous la gorge vers 8,9, 10 ans en exigeant Nitendo ,portable etc..etc... L'enfant -roi fils de Satan et du mondialisme et cela n'est pas une plaisanterie .


La société se serait toujours respectée ,elle aurait compris ,qu'un bon coup de pied au cul ,une fessée ou une mornifle (petite gifle ) tout cela entouré d'amour et d'attentions ont quand même
fait les générations propres qui ont forgé la France .


Simple opinion de ma part selon mon expérience de parent ;mes 3 enfants ont bien réussi dans la vie ,ce n'est que le résultat de ce que j'avance .A chacun de faire comme il l'entend et a
chacun de se dem.....der et de prendre ses responsabilités ...


En tous les cas les suppôts du mondialisme profitant de la versatilité des masses populaires ayant un poix chiche dans le cerveaux ,ont bien réussi leur campagne de destruction ,bizarrement
surtout depuis l'arrivée des socialistes en 81 abandonnant les leçons de morales a l'Ecole de la République ,l'autorisation d'associations de parents d'élèves et de syndicats étudiants .La
Société gaucho -bobo a crée de la Me...de et bien quelle se la déguste ....