Un mot à propos de l'Iran : Témoignage d'une actrice iranienne

Publié le 16 Décembre 2012

 Golshifteh-Farahani-actrice.jpg                                                         Golshifteh Farahani (née en 1983, à Téhéran)

 

Riposte Sépharade

L’Iran est aujourd’hui le pays de tous les dangers, le pays qui inquiète le plus Israël. La question iranienne angoisse Israël ; elle m’angoisse aussi. Nous sommes entrés dans l’aire de tous les dangers, une aire où l’emploi des armes nucléaires tactiques voire stratégiques n’est plus impensable. Dans cette panoplie de mort, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins occupent la première place.   Néanmoins, cette angoisse sur le court terme pourrait assez aisément être convertie en espoir sur le moyen-long terme. J’ai passé l’âge de la provocation, je ne cherche ni à me consoler à bon compte ni à plaire mais simplement à traduire aussi précisément que possible ce qui me préoccupe.

 J’affirme tout de go que l’Iranien est supérieur à l’Arabe. On va s’émouvoir, on va alerter, on va me traiter de suppôt de Joseph Arthur de Gobineau, l’auteur de Essai sur l’inégalité des races humaines”, écrit fondateur du mythe aryen et l’un des livres de chevet du nazisme. Mais ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse chez Gobineau. Cet écrit n’est pas le meilleur (euphémisme) de sa production, avec ce mélange de vérités” scientifiques et de préjugés populaires, mais c’est malheureusement le plus connu. Combien je préfère le Gobineau de Trois ans en Asie”, sous titré Voyage en Perse, 1855-1858”. En lien, un riche compte-rendu publié dans La Revue de Téhéran” (mensuel culturel iranien en langue française), n° 46, septembre 2009 :

http://www.teheran.ir/spip.php?article1039

J’ai cité Gobineau, je vais à coup sûr être traité de nazillon par l’aréopage du on-est-tous-frères. Qu’importe ! L’Iranien est supérieur à l’Arabe, je le redis haut et fort, parce qu’il s’appuie, qu’il en ait conscience ou non, sur un puissant substrat, parce que son passé pré-islamique est d’une vertigineuse richesse. Contrairement à une amie dont le jugement m’est précieux, je persiste à croire que l’islam n’a pas eu définitivement raison de cette richesse qui peut resurgir comme les sources vauclusiennes.

 Mais il y a plus. L’intelligence et la finesse de l’Iran se manifestent dans cette immense partie diplomatique en cours, une partie d’échecs qui engage les principales puissances mondiales. L’Iranien peut être envisagé comme l’ennemi intelligent et l’Arabe, avec lequel nous copinons toujours plus, comme l’ami bête. Or, tout prouve qu’avec l’ennemi intelligent on peut ménager de profondes perspectives qui conduisent à la coopération voire à l’amitié ; tandis qu’avec l’ami bête, on termine à coup sûr embourbé dans un cul-de-sac.

 

Malgré l’instauration du régime islamiste en avril 1979 et la longue guerre Irak-Iran (septembre 1980 – juillet 1987, une guerre initiée par l’Irak, ne l’oublions pas) qui permit au régime de se renforcer, je persiste à croire que l’Iran tient en réserve de vastes énergies capables de faire pivoter les perspectives. L’opposition iranienne est plus riche, plus fine, plus complexe que l’opposition arabe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Souvenez-vous de toutes les forces en présence entre la chute du shah et la venue au pouvoir de l’ayatollah Khomeini.

 Il existe une philosophie iranienne, il n’existe pas de philosophie arabe. L’Iran a été un centre millénaire de production d’idées, de concepts, de théories, ce qui n’a jamais été le cas du monde arabe, bien plus frustre, hormis dans un recoin de l’immense aire arabo-musulmane, un coin d’Europe qui échappa pour un temps au contrôle de l’Afrique et de l’Asie arabo-musulmane, l’Andalousie.

 

L’inquiétude israélienne est une inquiétude existentielle ; elle n’est en aucun cas feinte pour les besoins d’une politique particulière. Israël est un pays aux antennes particulièrement fines. Je suis avec inquiétude l’évolution de la situation en Iran ainsi que nos manœuvres diplomatiques avec le monde arabo-musulman, des manœuvres essentiellement faites de servilité. Les Juifs de la diaspora ont beaucoup à perdre avec de telles manœuvres, beaucoup. Je prends note de leur nervosité et de leur découragement. Les Alterjuifs (1) sont en grande partie responsables (comme le souligne Shmuel Trigano) de ce terrible affaiblissement qui annonce le crépuscule de la vie juive en Europe. Ceci n’aurait jamais été possible si les pacifistes juifs n’avaient pas ouvert un débat au cœur même de l’Occident, un débat qui aurait dû s’en tenir à la société israélienne. En outre, ces pacifistes ont voué à la diabolisation d’autres Juifs qui avaient l’outrecuidance de ne pas soutenir leurs analyses défaillantes (2).

 

Nos arrangements avec les Arabes, les Saoudiens en particulier, me répugnent. On s’acoquine avec de vulgaires nouveaux-riches — gardiens de surcroît d’une religion à l’usage du troupeau — pour cause de danger iranien, un danger que je ne nie en rien. Mais comment en finir avec ce régime sans s’aliéner le peuple iranien ? Je n’ai pas de réponse à cette question, je ne fais que formuler une inquiétude, fort de ce postulat : l’Iranien est supérieur à l’Arabe et c’est avec ce premier qu’il nous faut envisager le futur. Je suis certain que les Israéliens savent qu’au-delà cette zone de terrible danger, c’est avec l’Iran qu’une collaboration doit être envisagée. Il n’y a rien à attendre des sociétés arabes, rien que des comportements routiniers pétris de ressentiment, un ressentiment complaisamment relayé, chez nous, par un antisémitisme dont on peine à se décrotter. Les sociétés arabes cachent leur absence dans tous les domaines de l’excellence sous le tissu de l’antisionisme et de l’antisémitisme.

 

Il me semble que l’antisémitisme-antisionisme du régime iranien est plus une manœuvre politique que l’expression d’un sentiment profond, contrairement à l’antisémitisme-antisionisme des pays arabes qui constitue leur aliment de base. Si Israël frappe le premier, je ne lui en ferai pas le reproche ; je me dirai qu’il a agi pour sa survie, ce qui n’empêchera pas une certaine tristesse : dans cette partie, les Arabes seront une fois encore gagnants sur les Iraniens qui leur sont supérieurs en tout.

 

La soumission de la Perse par les Bédouins peut être envisagée rétrospectivement comme l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire. Les Bédouins se sont glissés entre deux colosses qui s’affrontaient dans une lutte titanesque, la Perse sassanide (224-651) et l’Empire byzantin ; et ils remportèrent la mise sans trop d’efforts. Je ne me lamente pas, j’exprime un regret, en passant.

 

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(1) En lien, les articles en PDF publiés dans le n° 4 (février 2007) de la revue Controverses”. On y évoque les Alterjuifs, les Juifs non juifs”, les Juifs contre Israël, la gauche israélienne, etc., un passionnant dossier :

http://www.controverses.fr/Sommaires/sommaire4.htm

(2) En lien, l’article complet publié dans Actualité juive” (n° 1234, 6 décembre 2012) :

http://www.desinfos.com/spip.php?page=ispip-article&id_article=34004

 

   by Olivier YPSILANTIS

SAM 15 DÉC 2012

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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Claude Germain V 17/12/2012 09:19


Voila bien longtemps que les descendants de la famille Pahlavi , avec l'experience aquise , auraient du etre remis sur le trone Iranien . Une bonne Royauté constitutionelle garantie par " des
pays de bonne volonté " et ce peuple aurait retrouvé sa fierté , son pacifisme et sa grandeur .... dehors !!!! tous ces ayatollas et pseudos gardien de quoi ??? de rien du
tout  , que de leurs interets ...


Il y a lontemps qu'une majorité du peuple iranien aspire a ce retours ..

Nancy VERDIER 16/12/2012 23:06


Réponse à Alize : l'article est récent. 15 décembre 2012 
Nancy VERDIER 

Alize 16/12/2012 17:36


Témoignage courageux. Je pense depuis longtemps que si un jour un peuple rejette l'islam, cela viendra des Persans.


Deux questions : Ce témoignage date de quand ? Sur quel média il a été donné ?