Terrorisme islamiste : à quand un raid sur Ryad?

Publié le 22 Janvier 2013

ryad

 

Nicolas
Gauthier

Journaliste, écrivain.
Nicolas Gauthier est auteur avec Philippe Randa des Acteurs de la comédie politique. 29 € À commander en ligne sur francephi.com.

L’un des problèmes historiques de la diplomatie américaine, mixture détonnante de cynisme angélique et de naïveté madrée, est qu’elle a presque toujours eu tendance à pousser en avant de faux amis ayant vocation à devenir ses futurs ennemis. Bolcheviks financés en 1917, puis armés durant la Seconde Guerre mondiale, avant que les USA ne nous vendent leur croisade anticommuniste. Même mistigri avec le Viet en Indochine ou le FLN en Algérie. Et aujourd’hui, avec les islamistes wahhabites depuis l’accord, à l’origine géostratégique et pétrolier, conclu en 1945 entre Roosevelt et le roi Ibn Seoud.

Là, assez inconsidérément, les USA vont, avec les pétro-dollars saoudiens, redonner sens à un concept religieux depuis longtemps tombé en désuétude : le djihad militaire. Pour efficace qu’est la remise à l’honneur de l’affaire – les Soviétiques en savent quelque chose –, l’invraisemblable brouet suscite la naissance d’islamistes de combat à vocation internationaliste échappant tôt à leurs mentors. Ces créatures de Frankenstein, ces nouveaux Golems, on les retrouvera ensuite en Bosnie, en Tchétchénie, en Irak, en Libye, en Syrie, en Tunisie et depuis peu au Mali.

En bonne logique et si « guerre contre le terrorisme » il y avait vraiment, les USA auraient dû rompre avec le bailleur de fonds d’icelui : l’Arabie Saoudite. Qui étaient les terroristes du 11 septembre ? Majoritairement des Saoudiens… Les Américains ont néanmoins préféré aller se perdre en Afghanistan et renvoyer une seconde fois l’Irak à l’Âge de pierre, après un embargo ayant causé plus d’un million de morts civils. Dans le même temps, Ryad n’en finit plus d’exporter son wahhabisme, sorte de maladie infantile qui est à l’islam ce que les illuminés du Mayflower furent à la chrétienté, tout en n’étant même pas en mesure de maîtriser la martingale à long terme. La preuve en est que lors de la prise d’otages du centre gazier d’In Amenas, en Algérie, il y a des ressortissants américains. Enfin, il y avait, l’Algérie qui, elle, n’a pas l’habitude de négocier avec les terroristes, ayant préféré donner l’assaut.

Pour l’instant, cet accord américano-saoudien tient encore. Pourquoi ? Pour des raisons énergétiques tout d’abord. Depuis le début du siècle dernier, on sait que quiconque tient les ressources pétrolières tient le monde ; et ce pétrole, ce n’est pas en Suisse qu’on le trouve. Pour des raisons psychologiques ensuite. De par leur ADN historique, les USA font passer la religion avant la nation.

Longtemps, ce statu quo n’a pas dérangé Israël – ayant longtemps, lui aussi, poussé à courte vue le Hamas religieux contre l’OLP laïque –, même si cet État peut commencer à s’inquiéter de se voir peu à peu encerclé par des régimes tenus par les Frères musulmans, Gaza, Égypte, Tunisie plus loin ou Syrie plus près…

La question est maintenant de voir combien de temps le machin durera. En effet, les Américains sont pragmatiques. L’Arabie Saoudite est un allié riche, mais fragile. Sa théocratie ne tient qu’à un fil et il y a longtemps que la puissance musulmane s’est déplacée loin de son berceau arabe : Indonésie, mais, surtout, dans la région Turquie et Iran, deux régimes aux institutions autrement plus stables que ceux de la péninsule arabique et dont la spécificité consiste à ne point être… arabe.

Dans son passionnant essai, Iran : l’irrésistible ascension (JC Lattès), Robert Baer, ancien patron de la CIA pour le Moyen-Orient, pose crument la question : « Si les USA voulaient continuer de durablement peser dans la région, ils lâcheraient Ryad pour Téhéran. » Invraisemblable ? En matière diplomatique, on a déjà vu plus renversant. Alors, à quand un raid sur Ryad ? Et combien de temps les nigauds persuadés que les USA sont les meilleurs remparts d’un Occident chrétien menacé par un islam fantasmé, continueront de croire à des chimères néo-conservatrices qui font rire jusque dans les couloirs de la CIA ou du Mossad ?

Nicolas Gauthier, le 19 janvier 2013 // Boulevard Voltaire

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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