Transparence et corruption de Joseph Castano

Publié le 22 Janvier 2011

«Je veux une République irréprochable, le Président de la République c’est l’homme de la nation, ce n’est pas l’homme d’un parti, ce n’est pas l’homme d’un clan…je veux des nominations irréprochables….des ministres qui rendent des comptes.  Au fond, je souhaite si vous me faites confiance être le Président d’une démocratie moderne, qui sera exemplaire au regard du monde » (Nicolas Sarkozy – campagne présidentielle 2007) 

 

            Belle profession de foi en vérité que voilà si la réalisation avait suppléé l’intention mais c’eut été, dès lors, oublier qu’en France nous avons ceci de particulier c’est que les maîtres du pouvoir obéissant à l’instinct qui meut tout vivant à persévérer dans l’être, se sont préoccupés de maintenir leur domination, et de la prolonger au bénéfice de leurs adeptes, s’appliquant à en établir le culte dans les esprits… et depuis des décennies, cela est immuable… d’autant que le quatrième pouvoir –la presse-, selon les circonstances, s’applique régulièrement à entretenir le mouvement ou à le condamner.

 

Ici, la « transparence » est devenue un mot à la mode uniquement employé par les hommes politiques à la veille des élections et la vérité transparente, celle qui concerne depuis toujours le peuple français, c’est celle vêtue, si on peut dire de la « tunique » d’Eve, celle que les Princes qui nous gouvernent ont le plus souvent revêtue d’oripeaux, de ces mensonges qui nous font tant de mal. Et ces oripeaux on les retrouve partout…

Lorsque les socialistes, fort inopinément du reste, et sans y avoir cru, arrivèrent au pouvoir en 1981, ils annoncèrent avec faste qu’ils allaient dresser par le menu le bilan dramatique de la gestion de leurs prédécesseurs. On attendit, mais ce fut  comme dit le poète : Parturient montes, nascetur ridiculus mus… La montagne en couches donna le jour à une souris dérisoire…

Ce n’est pas, naturellement, qu’il n’y eût rien à trouver de répréhensible dans ce qu’avaient fait les giscardo-gaullistes. Tout au long de la Ve République, les scandales se sont succédés mais chacun, selon ses possibilités en a pris sa part :  Scandale de Panama, affaire Ben Barka, diamants de Giscard, écoutes de l’Elysée, attentat de l'Observatoire, frégates de Taïwan, sang contaminé, plus près de nous, les emplois fictifs à la Mairie de Paris, la cassette Méry, l’attentat de Karachi, les affaires Clearstream et Woerth-Bettencourt ou celle de l’hippodrome de Compiègne… Dans l'histoire de la République, rares sont les gouvernements qui auront échappé aux scandales…

Il suffit d’énumérer les « affaires » de ces dernières années pour découvrir un amas de collusions et de compromissions que les douze années de Chirac à l’Elysée (lui-même accusé de « détournements de fonds publics » et « abus de confiance », alors qu’il était Maire de Paris) n’ont cessé d’aggraver... C’est ainsi que le livre de Monsieur Péan: « Un certain Monsieur K »  met lourdement en question l'honnêteté de Bernard Kouchner, cet opportuniste transfuge du PS dans le premier gouvernement sarkoziste (qui ne rate pas une occasion de rappeler son engagement pro-FLN durant la guerre d’Algérie), lequel s'est contenté de le traiter de nazi devant ses collègues silencieux. On assiste un pays africain à la dérive mais on commence par lui piquer quelques centaines de milliers d'euros d'honoraires... Monsieur Attali, grand professeur de Morale, a touché ; Monsieur Pasqua a touché ; le fils Mitterrand, l'aîné, a touché ; Roland Dumas a touché... et combien d’autres encore… sans compter ceux qui sont soupçonnés « d’abus de confiance » : Mauroy, Balladur… ceux qui ont défrayé la chronique des scandales : Drey, Blanc, Boutin, Woerth, Estrosi, Amara, Joyandet, Yade… ceux qui ont connu des parodies de jugement : Dumas, Strauss-Khan, Dray, Villepin, Mauroy et ceux qui ont connu la prison tels Jean-Charles Marchiani, ce Parain corse que Pasqua nomma Préfet du Var, deux fois condamné (6 ans de prison en tout) et  Michel Mouillot, ancien bras droit de François Léotard au Parti Républicain et ancien maire de Cannes, également condamné à 6 ans de prison. Concernant Charles Pasqua, homme de réseau redouté par l’ensemble de la classe politique, il a été mis en cause dans une dizaine d’affaires politico-financières depuis les années 2000. Il a été relaxé dans six d’entre elles et condamné à de la prison avec sursis à deux reprises. Le 19 janvier 2011, il est revenu devant la cour d’appel de Paris à propos de « l’Angolagate », cette sombre affaire des commissions sur les ventes d’armes à l’Angola… affaire à suivre. Quant à ce cher Harlem Désir, expert en « leçon de morale », formé politiquement chez les trotskistes, aujourd’hui député européen du PS, il a été condamné, le 17 décembre 1998, à 18 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour recel d’abus de biens sociaux. De novembre 1986 à octobre 1987, alors qu'il était président de SOS Racisme, il était également salarié par l'Association régionale pour la formation et l'éducation des migrants (basée à Lille) en tant que « formateur permanent », il percevait pour cet emploi fictif un salaire mensuel brut de 10 500 francs…

Rappelons aussi qu’Alain Juppé, l’actuel Ministre de la Défense, avait été condamné en 2004 à 18 mois de prison avec sursis et à un an d’inéligibilité et que Jean Tibéri, l’ancien Maire de Paris, actuellement député-maire UMP du Ve arrondissement, avait été condamné, en juin 2009, à dix mois de prison avec sursis et trois ans d'inégibilité.

Concernant « l’ardoise » de Jacques Chirac, d’après la revue « Monde et Vie » n° 832 de septembre 2010, l’actuel Mairie PS de Paris a signé un accord aux termes duquel l’UMP va rembourser les emplois fictifs qui valent à l’ancien président de la République d’être poursuivi pour « détournement de fonds publics » et « abus de confiance », des faits remontant aux années 1990. Le premier ministre Fillon a lancé un appel à la clémence envers l’ancien chef d’Etat : « Il est à la fin de son existence et il a beaucoup servi notre pays ». La facture s’élève tout de même à 2,2 millions d’euros… Clémence, générosité ou peur d’un étalage de vérités qu’il vaut mieux ne pas connaître ?...

Pour autant, la mairie de Paris n’en a pas fini avec les emplois fictifs… Le maire PS, Bertrand Delanoë, qui s’était engagé à ne pas privilégier ses « amis politiques » est en passe de faire mieux que Chirac… Selon Pierre-Yves Bournazel, conseiller UMP de Paris, Delanoë a appliqué dès son intronisation une véritable « préférence socialiste » à l’embauche, notamment celle d’anciens directeurs et directeurs adjoints membres des cabinets ministériels de Jospin ou permanents du PS. De la même manière, il a placé à la tête des Sem d’anciens collaborateurs de ministres PS, Verts ou PC (Lire à cet effet l’article parue dans « Valeurs actuelles » n° 3863 du 9 décembre 2010). De plus, voilà une dizaine d’années qu’il finance également avec l’argent du contribuable une bonne trentaine de postes de syndicalistes de la CGT planqués dans une des mutuelles de la ville, la MCVPAP. Dans un rapport au vitriol, l’inspection générale de la capitale chiffre à 12 million d’euros par an le coût de ce petit cadeau consenti sans aucun fondement juridique à l’organisation de Bernard Thibault… lui-même, grassement payé à ne rien faire… si ce n’est qu’à organiser manifestations et grèves qui empoisonnent l’existence des français... (Lire aussi l’enquête intitulée « L'incroyable dérive financière de la mairie de Paris » dans le numéro de Capital du 28 octobre 2010). Quand à Bernard Tapie, entre autres, il laisse le souvenir d’un homme miné par l’arrivisme et l’amoralité... Que l’on se souvienne de ces mots affligeants à l’endroit des électeurs du Front National « Tous des salauds ! », quelle belle leçon de morale de la part d’un homme ayant construit son personnage sur la magouille, la malhonnêteté, l’égocentrisme, la tartufferie et le fric !  « Je suis un moraliste à rebours »… c’est ainsi qu’il pourrait se juger lui-même…

 Et ce n’est pas fini ! L’affaire « Karachi » ; voilà un imbroglio qui démontre à l’envie à quel point les haines et les rancœurs sont tenaces dans ce milieu et combien chacun des protagonistes se préoccupe plus de son avenir politique que du bien-être de ses concitoyens et de la consolidation de la France. Dès lors, ces mots de Georges Clemenceau deviennent criants de vérité : « On succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables ».

            Ces « affaires » à répétition confirment l’effondrement de la moralité publique et l’indécence sans limites d’une caste de sur-privilégiés,  dont le comportement insulte chaque jour un peuple français pressuré de toutes parts. C’est l’ex-journaliste de « Libération », Denis Robert, aux lointaines origines de l’affaire Clearstream, qui résume le mieux ce constat. S’il décrit par le menu l’emprise de la corruption sur la vie politique française, il y exprime aussi toute sa lassitude : « A quoi bon révéler les « affaires » puisque rien ne change ? Comment dénoncer l’arrogance des élus sans tomber dans le « tous pourris ? »… Et ce qui s’est passé le lundi 20 décembre 2010 à l’Assemblée Nationale, en apporte la confirmation.

            Ce jour là, les députés eurent à examiner trois textes de loi concernant « la transparence financière et l’élection des députés ». En langage juridique, il s’agissait de prévoir l’instauration d’une « incrimination pénale » à l’égard d’un député qui ferait « sciemment » une déclaration mensongère à la « Commission pour la transparence financière de la vie politique » (CTFVP) chargée de vérifier « l’évolution » du patrimoine des élus entre le début et la fin de leur mandat et éviter ainsi tout enrichissement par trafic d’influence. Autrement dit, prévoir des sanctions pénales en cas de fausses déclarations de revenus et de patrimoine de la part des élus. Cependant, les députés de l’UMP étaient contre ces textes qu’ils qualifiaient de « dictature de la transparence » et, afin d’en amenuiser le contenu, déposèrent trois amendements visant à empêcher l’accès de la commission aux déclarations fiscales des élus et de leurs conjoints. L’argument de Christian Jacob, le nouveau président du groupe UMP, était plutôt simpliste… pour ne pas dire, simplet : « Je ne sombrerai jamais dans la démagogie du « tous pourris » qui fait les grandes heures du Front National. Il n’y a pas d’un côté les chevaliers blancs et de l’autre ceux qui ont tout à cacher ». Seulement, c’est bien joli de lancer des invectives à tout va, mais ce n’est pas en refusant d’être « contrôlés » que nos braves députés de l’UMP empêcheront les Français de penser que nos élus sont « tous pourris »… à moins qu’ils ne songent à couler Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012. «  Une nation qui produit de jour en jour des hommes stupides achète à crédit sa propre mort spirituelle » disait Martin Luther King.

 Et comme le remarquait l’éditorialiste du « Républicain Lorrain » : « Il y a de meilleurs moyens de préparer une élection présidentielle que d’adresser de tels bras d’honneur à l’électorat ». Et Jean Cochet, avec pertinence, analyse très bien cette situation dans son article du 23 décembre, extrait du n° 7248 du journal « PRESENT » : « A une époque où l’on projette de retirer aux salariés des primes auxquelles ils avaient droit, les députés eux s’accordent une sorte de « prime à la triche légalisée ». En parfait accord en somme avec ce monde de l’argent où banquiers et financiers apparaissent de plus en plus, aux yeux des citoyens, comme des gangsters autorisés. Les socialistes ont évidemment beau jeu de dénoncer pareille indécence. « Pour un citoyen ordinaire, un vol est passible de trois ans, une escroquerie de cinq ans, mais quand un élu sera pris en flagrant délit de fraude ou d’escroquerie dans sa déclaration de patrimoine, il n’encourra que 30 000 euros d’amende ».

Nous le constatons chaque jour, la vie politique, en France, n’est pas triste et elle serait même amusante si les hommes politiques de ce pays n’avaient pas en commun la fâcheuse habitude de se moquer du monde. Comme ils ont entendu dire, pendant leurs études, que les hommes d’Etat n’ont pas de scrupules, ils ont cru qu’il leur suffirait de ne pas avoir de scrupules pour être des hommes d’Etat. On ne veut pas affronter une vérité dont on a peur et qu’on cherche à étouffer sous la cagoule des calomnies et des injures. « L’élite c’est l’exemple ou ce n’est rien », disait Céline. Et bien, ce ne sera rien !

Significatif, et un peu rassurant à la rigueur, est que ce flot de niaiserie embête les Français raisonnables, encore nombreux, qui rêvent d’une République impeccable, inattaquable, et incorruptible. Où ils attendent l’espérance, on leur offre des bilans truqués, des chiffres faux, des slogans ineptes, des palinodies honteuses, des sondages orientés... Rien dans tout cela qui ressemble à de la volonté, de l’enthousiasme… par conséquent de l’avenir. Alors, le constat tombe comme une pierre dans le jardin de ces messieurs : ils nous ennuient… et les abstentions se multiplient lors des consultations électorales.

En dépit cependant de ce constat affligeant, il suffirait pourtant, j’en suis sûr, de quelques mots brûlants pour enflammer encore ce peuple. Mais, pour lui donner à croire, il faudrait avoir la foi et ces bonimenteurs ne croient même pas en eux-mêmes, car je suis sûr qu’au fin fond de leur conscience, si par hasard ils y regardent, doit gésir la stupeur de se trouver à la place invraisemblablement indue où ils sont. Et c’est ainsi que nous végétons, enquiquinés, dans la platitude marécageuse d’hommes politiques qui ne peuvent plus prétendre à la confiance du peuple.

 

                                                                                   José CASTANO

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Francis NERI 23/01/2011 16:33



@ Gérard. mes chroniques sont à toi; il est bon que nous diffusions nos textes le plus possible(s'ils éclairent le débat et ouvrent des chemins), cela fait partie de la force d'internet


@  Francis Claude : Et vos observations font la force du débat


Fraternité à tous les deux !



Francis CLAUDE 23/01/2011 08:16



pardon de reprendre la parole, c'est pour apporté une remarque que j'espére constructive a mon Homonnyme, les Français dans l'ensemble n'ont pas envie de bouger quoi que ce soit ils ce
complaisent dans leurs crédits d'ou dépendants de contraintes incontournables et obligatoires certains irons méme a pactiser avec le diable pour que cela reste en l'état.pour les Tunisiens je ne
suis pas sur que leur révolution soit finie, et espérons q'un borgne galloné ne remplacera pas un voleur parfumé!!!!



Francis CLAUDE 23/01/2011 08:05



hélas et malgrés le grand talent de José Castano, il ne nous fait voir la que la façe visible de l'iceberg et lorsque l'on sait ce que l'on en vois nous allons avoir des surprises lors de la
chute de ce "gouvernement" et de son chef supréme(j'allais dire grand!) si l'on pense seulement aux 90 millions de doses de vaccins de Bachelot!!


mais chose bizzare dans cet article sauf érreur ou ommission par ignorance de ma part je n'ai vu aucun noms de ces politicards ayant l'étiquette FN. un point de plus pour eux...



island girl 22/01/2011 22:03



Mister président a emballé les français comme il a emballé Carla,aujourd'hui il va droit dans le mur,,,,,au suivant comme chantait Jacques Brel...amour deçu réagit parfois avec rage...



Francis NERI 22/01/2011 20:59



Le mal est bien plus profond que le dit et l'écrit avec talent José Castano. Le problème n'est pas véritablement dans les hommes, mais dans le système. Il n'est plus ni observable,
ni maîtrisable. L'idée de gestion globale et de régulation a failli avec la mondialisation en 1973.


La mondialisation avec la crise dite des subprimes a dévoilé la réalité de deux totalitarismes modernes qui sont des alliés objectifs : mondialisme et islamisme. La libéralisation des capitaux,
des marchandises et des hommes associée au problème de l’islam.


Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'ils se tiennent par la main en Tunisie comme ailleurs et que c'est le début d'un processus qui se nourrit de nos renoncements.


La primauté du groupe, qu’il soit islamiste ou consumériste, sur l’individu est le problème de fond !


D'autre part, notre culture, basée sur la consommation de masse et la recherche du plaisir, structure et dévoie les relations et l’organisation sociale dans laquelle nos élites veulent nous
enfermer pour mieux nous manipuler.


Il serait vain d'attendre, pour nous tirer de ce mauvais pas, le père noël ou quelqu'un de sa famille, de gauche comme de droite, çà ne marchera pas.


Il n'y a rien entre le politiquement correct et le politiquement raisonnable, qu'un enfer pavé de mauvaises intentions mondialistes et islamistes.


Un homme, ou une femme même providentielle comme marine Le Pen, ne changera rien à l’affaire. Ce n’est pas en changeant les élites corrompues et incapables qui nous gouvernent par d’autres qui ne
feront guère mieux que nous réglerons nos problèmes globaux.


C’est en changeant nous-mêmes que nous ferons changer les autres et que nous les obligerons à changer de système de gouvernance.


Les Tunisiens semblent l’avoir compris et, au péril de leurs vies, ils devront aller jusqu’au bout.


L’histoire a peu ou pas de sens, une poignée de Tunisiens peut la changer. Exemple à suivre ?   



Gérard Brazon 23/01/2011 15:58



Ce texte mérite d'être un article (sourire) Amitiés Francis



henri 22/01/2011 18:15



IMAGE USÉE !!! 


Je le vois serrant ses petits poings et gesticulant !!!


Merci : on a déjà donné !


Marine? vite !!!