Tunisie : la contre-révolution salafiste

Publié le 17 Mars 2012

Riposte Laïque Chantal Crabère 

Les informations qui nous parviennent de Tunis ne sont pas rassurantes. Le vote démocratique a mis en place une large majorité de député(e)s des partis intégristes pour refaire une nouvelle constitution. Dès les premiers jours des échauffourées s’étaient produites dans la faculté de lettres de Tunis la Manouba. Là de jeunes étudiantes en niqab essayaient de se faire accepter de force dans la Faculté, malgré l’opposition du Doyen et des enseignant(e)s. Refusées aux cours, elles faisaient alors appel à des renforts salafistes barbus et musclés, injures et menaces sur les profs, perturbations des cours, des examens. Un profond découragement s’était emparé des professeurs ne se sentant pas soutenus par le pouvoir politique… Depuis cette pression salafiste s’est poursuivie mais ces derniers jours la violence est montée d’un cran plusieurs faits sont signalés.

Toujours sur ce site de la Faculté des Lettres, il vient de se produire des événements à peine croyable, du jamais vu disent certains enseignants, une journée cauchemardesque : une jeune femme en niqab s’enquiert : Où est le doyen ? Je vais le frapper d’un coup de couteau ! Un salafiste hystérique : l’un d’entre vous est-il le doyen mécréant ? Lutter contre les  mécréants est pour les intégristes  un devoir quotidien! On voit jusqu’où ce combat pourrait  mener les plus acharnés!

Combien sont-ils et qui sont ces énergumènes violents ? Une centaine de salafistes, dont certains sont commerçants et ont pignon sur rue dans les quartiers pauvres, et des membres du parti Ettahrir (1). Chaque groupe arbore le drapeau de son parti. Personnages décrits comme des miliciens grossiers, vêtus d’habits afghans et de brodequins militaires, rappelant des groupes fascistes. Ils installent, ce matin là, dans la terreur un vrai blocus de la fac interdisant le passage aux étudiant(e)s et aux voitures. Face à la grossièreté et l’arrogance de ces odieux personnages certains étudiants renoncent mais, finalement, le blocus est levé. Les salafistes poursuivent leur intrusion à l’intérieur de la fac répétant leur menace de mort contre le Doyen…. L’altercation entre salafistes et étudiants se poursuit sur un toit, les salafistes décrochent le drapeau tunisien pour le remplacer par un drapeau de leur parti, une jeune étudiante outrée mais courageuse remet le drapeau national en place… On a envie de dire : «  mais que fait la police ? » Il y a deux étudiants blessés. Un automobiliste s’arrête pour porter secours à une jeune journaliste poursuivie car elle a filmé l’action violente des assaillants.

L’affaire du niqab est emblématique, en Tunisie, comme elle l’est en France. Pour les enseignants de Tunis elle signifie la volonté de politiser la faculté et de l’asservir aux endoctrinements sectaires, d’en faire un lieu de propagande (2).

Devant les attaques répétées des intégristes les enseignants ont tenu bon, ils n’ont pas cédé, et tout fait pour que cette année universitaire ne soit pas gâchée…. Mais ils n’ont eu aucun soutien des pouvoirs politiques. Alors on doit se poser des questions : Le pouvoir politique a-t-il peur ? Le pouvoir politique est-il de connivence avec la force et le courant salafiste, complice en quelque sorte, afin de hâter l’instauration de cet islam radical que lui même souhaiterait? On doit se poser des questions d’autant plus que s’est tenu, le 10 mars dans la banlieue nord de Tunis, le congrès mondial féminin de Hizb Ettahrir(3). Après le symposium international du 15 au 17 décembre 2011 qui a réuni un aréopage de Cheikhs et d’oulémas, majoritairement salafistes, de Palestine, Liban, Syrie et Égypte, en présence de Ghannouchi, cela fait beaucoup de coïncidences.

Les jeunes femmes membres du parti Hizb Ettahrir  qui sont venues à Tunis sont des militantes très déterminées avec une idée précise de ce qu’elles veulent. Ce parti refuse de séparer la religion de l’État, et milite pour le retour du califat. Son créateur considère la laïcité et la démocratie comme des notions occidentales en totale contradiction avec l’islam. Les positions des femmes ( le congrès est interdit aux hommes) sont claires. Elles refusent de vivre dans les pays séculaires et libéraux et dans les pays comme l’Arabie saoudite ou l’Iran qu’elles considèrent comme des dictatures. Elles appellent à un travail patient pour rétablir la loi de l’islam dans le monde. La Britannique Nasrin Nawaaz, chargée de la presse. « Nous voulons le système du califat, qui a historiquement fait ses preuves et est le système capable de donner un meilleur avenir à la femme musulmane », a-t-elle ajouté. « Avec le Printemps arabe, les peuples se sont levés pour se libérer.Mais la vraie révolution reste à faire dans ces pays. Nous avons des solutions effectives et une vision pour tous les problèmes », a-t-elle ajouté. Entre les voilées en noir total et les jeunes femmes modernes de Tunisie lesquelles l’emporteront? 

 

Pour fêter la journée de la femme, avec nos amies Tunisiennes, nous aurions aimé d’autres nouvelles et d’autres images que celle de ces jeunes groupies salafistes, (mais nous  voyons  aussi de très jeunes personnes habillées ainsi  à Toulouse).

Enseignants et professeurs et une grande partie des Tunisiens se disent très inquiets de la tournure des événements dans leur pays, de la violence et de la rapidité avec lesquelles ils se sont produits (4). La Tunisie est-elle un lieu d’expérimentation pour un nouvel islam beaucoup plus radical ? Que faire pour éviter que les Tunisien(ne)s ne soient victimes d’un véritable hold-up religio-politique ? Comment les aider ? Comme il est fort probable que rien ou peu de ces événements ne filtrent dans la presse française, la moindre des choses est de les faire connaître et de rester attentifs (5).

Chantal Crabère

(1) Fondé en 1953 en Jordanie par le Palestinien Taqieddine Ennahbani.

(2) Dans son livre, Ma vie à contre Coran, Djemila Benhabib expliquait le même processus de volonté de domination des intégristes dans les facultés d’Alger lors des années sombres.

(3) Ce parti a organisé le même jour un congrès à Vienne. Assiste-ton là à la naissance d’un mouvement qui veut se structurer et qui voudrait récupérer les révolutions arabes ?

(4) Cette approche d’opérer par la terreur rappelle singulièrement les  procédés des SA de Hitler.

(5) Concernant les groupes salafistes la vigilance s’impose aussi dans notre pays.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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