Tunisie. Le futur Premier ministre appelle au «sixième califat Inch'Allah » !

Publié le 17 Novembre 2011

Le blog de Martine Gozlan

Les «lapsus» des islamistes au pouvoir à Tunis continuent au plus haut niveau. Le futur Premier ministre Hamadi Jebali a évoqué en plein meeting, l’avènement du «sixième califat»…



Aïe, ça commence à faire beaucoup ! Les petites ou grosses phrases des pontes du nouveau régime islamiste se succèdent à une telle allure que les Tunisiens commencent à se demander à quelle drôle de sauce démocratique Ennahda va les manger. Après les insultes aux mères célibataires, « infamie pour la Tunisie et un pays arabo-musulman » comme l’éructait la délicate députée Souad Abderrahim (voir notre dernier post) pourtant réputée modérée, c’est le futur premier ministre islamiste, Hamadi Jebali en personne, qui s’est offert un prêche doré sur tranche salafiste à l’occasion d’un grand meeting, le 13 novembre. C’était à Sousse, en présence d’une représentante du mouvement palestinien Hamas, Houda Naïm. Filmé et enregistré par plusieurs medias, Hamadi Jebali a notamment déclaré lors d’un discours lyrique, modulé et scandé comme une incantation : « Mes frères, vous vivez un moment historique, un moment divin, une nouvelle étape civilisationnelle dans un nouvel Etat si Dieu le veut, dans  un sixième califat Inch Allah… » Le discours, abondamment cité, a immédiatement circulé sur le web, déclenchant l’affolement d’une multitude d’internautes. Aucune réaction politique n’a cependant été encore signalée, mais on espère que les partis modernistes vont se réveiller dans les heures qui viennent. Leurs électeurs, en tous cas, ceux du Pôle démocratique comme ceux d’Ettakatol de Mustapha Ben Jaafar, sont dévorés par la colère et l’inquiétude. Un vrai cauchemar pour ces marcheurs de la révolution ! L’idée qu’un « sixième califat » puisse succéder, au nom de la démocratie, à la dictature de Ben Ali semble relever d’une sinistre farce.

 
Le chargé de communication d’Ennahda, Samir Dilou, qui sera probablement en charge d’un ministère important - peut-être celui des affaires étrangères - dans le futur cabinet, est conscient que la promesse extatique d’Hamadi Jebali fait peser de nouveaux doutes sur la véritable nature des islamistes tunisiens. Dilou s’est donc donné un mal fou pour préciser que le discours « n’était pas un discours mais un serment destiné à rappeler les valeurs de modestie et d’humilité qui étaient celles du califat d’Omar Ibn Abdelaziz… » Un serment ? C’est pire ! Omar Ibn Abdelaziz, qui a régné à Damas au 8ème siècle, s’est distingué par sa volonté d’appliquer la charia dans toute sa rigueur. La perle de l’Orient, comme on appelait alors Damas, était une cité brillante et joyeuse : le calife fit fermer les débits de boisson et son zèle de serviteur de Dieu le conduisit à sévir même contre les hammams qui faisaient alors la célébrité de la ville. Les bains publics, véritable bénédiction hygiénique et esthétique en ces temps lointains, constituaient selon lui des lieux de perdition.

 
Le fait que le prochain Premier ministre tunisien se réfère au règne de ce saint homme n’est donc pas très encourageant pour la Tunisie du XXIème siècle et Samir Dilou ne nous rassure pas beaucoup avec ses explications. D’autant que le discours-serment d’Hamadi Jebali se révèle à tiroirs. L’évocation d’un « sixième califat » peut en effet s’inscrire dans une continuité plus récente. Dans l’histoire islamique, le « cinquième califat »( et non le cinquième calife) c’est le califat ottoman. Celui qui fut aboli par Ataturk le 3 mars 1924. Une nouvelle ère commençait  dans la Turquie de Mustapha Kemal et tous les journaux du Caire titrèrent ce jour-là « Adieu l’Orient ! ». Or nous savons que cette étape laïque s’est fanée depuis que Recep Tayyip Erdogan gouverne la Turquie. Ce Premier ministre islamiste a manifesté empathie religieuse et solidarité financière à ses frères tunisiens d’Ennahda.

 
Nous sommes donc en plein dans « la nouvelle étape civilisationnelle » appelée de tous ses vœux par le frère Hamadi Jebali. Dans ce contexte « le sixième califat » incarnerait la résurrection des valeurs déboutées par Kemal Ataturk, grand inspirateur de Habib Bourguiba, père de la Tunisie moderne, et détesté des islamistes.

On comprend que nos amis Tunisiens soient inquiets. Tout ça pour ça ?

Mercredi 16 Novembre 2011
Martine Gozlan

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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henri 17/11/2011 12:46



ça laisse sans voix ....


Pauvres tunisiens ,musulmans, chrétiens ou juifs