Turquie: les fruits pourris islamistes gagnent les élections, donc mûrs pour intégrer l'Europe.

Publié le 3 Avril 2014

Source Causeur

Avec 45% des voix,Tayyip Erdogan remporte haut la main les élections municipales. Plus qu’une victoire, ce scrutin a valeur de plébiscite. Si le petit peuple turc n’est pas dupe de l’affairisme du parti islamiste, il lui est gré d’avoir favorisé plus qu’aucun autre avant lui son bien- être matériel et spirituel. Loin d’affaiblir Erdogan, les divulgations d’écoutes compromettantes ont soudé les Turcs à leur Premier ministre. Plus que jamais, il apparaît comme l’homme providentiel.

Le 17 décembre 2013, Erdogan passe un appel angoissé à son fils en banlieue d’Istanbul. Une perquisition semble imminente. «Allo Bilal, débarrasse-toi de ce que tu as chez toi » implore t-il d’une voix hachée. Quelques heures plus tard, le fils rappelle. Le gros a été fait mais il reste « 30 millions d’euros à faire disparaître ». Problème, poursuit-il,« l’argent [restant] prend beaucoup de place ». Il faut donc « attendre la nuit pour s’en occuper ». A l’autre bout du fil, le pater familias s’énerve,« ne parle pas si clairement…je te le dis depuis le début, tu es écouté ».  Le Premier ministre turc ne croyait pas si bien dire. Divulguée quelques semaines plus tard, la conversation  pulvérise les 4 millions de clics surYoutube. Depuis lors, les révélations se succèdent sur fond de guerre ouverte entre islamistes.

Depuis 2002,ces derniers appliquent un plan progressif de conquête de l’appareil étatique. Les sympathisants des confréries religieuses, présents dans les services de sécurité, gèrent le volet répressif de la lutte contre l’establishment militaro-laïc. Cependant, une fois les généraux factieux  éliminés, les rapports entre l’AKP d’Erdogan et le mouvement Gülen se tendent. Fethullah Gülen, imam charismatique dirige une influente confrérie. Forte de millions d’adeptes, elle innerve la société turque à travers ces réseaux au sein de la police, de l’éducation, de la justice, des médias. Pas plus la confrérie que le premier ministre ne désir partager un pouvoir conquis de haute lutte. En outre, des orientations géopolitiques antagonistes les opposent. Si l’AKP, sous la houlette de son ministre des affaires Etrangères Ahmet Davutoglu  a pris du champ avec les Etats-Unis et Israël, le mouvement Gülen s’est tenu à l’écart du nouveau cap d’Ankara. Très proche de Washington depuis la Guerre Froide, Gülen n’a pas hésité à tancer Erdogan lors de l’abordage de la flottille humanitaire turque à destination de Gaza par la marine israélienne en 2010. En réalité, c’est la décision de l’AKP de mettre fin aux dershane (cours privées du soir), sous la coupe du mouvement religieux, qui a enclenché les hostilités. A travers cette mesure, Erdogan attaque le portefeuille de la confrérie. Chaque année, ces cours privés qui pallient aux insuffisances du système éducatif turc, génèrent plus d’un milliard et demi d’euros de revenu et forme, les cadres de la Turquie nouvelle. Frappée au cœur de son système financier, la riposte de la confrérie a été brutale. Le 17 décembre 2013, plusieurs dizaines de proches du gouvernement sont appréhendés à l’occasion d’un vaste coup de filet  anti-corruption. Dans le sillon de ces arrestations,plusieurs bandes sonores accablantes parviennent  jusqu’aux oreilles du public. Tout d’abord, une conversation entre Erdogan et son fils Bilal. Le premier demande au second de prendre contact d’urgence avec le reste de la fratrie, afin de se débarrasser de liasses de billets compromettantes. D’autres enregistrements révèlent comment le Premier ministre se serait interposé dans un appel d’offre de matériels militaires au bénéfice d’un de ses proches amis, ou la manière dont celui-ci aurait tenté d’influencer la désignation du président deFenerbahçe, le club phare d’Istanbul. Enfin, l’ex- responsable du groupe médiatique, Habertürk, Fatih Saraç, a gagné un surnom, celui « d’Alo Fatih », depuis qu’une écoute a révélé le zèle avec lequel le magnat s’est empressé sous l’injonction d’Erdogan, d’étouffer la parole de l’opposition au moment des événements de la place Taksim en juin 2013.

La contre-attaque de l’AKP a été immédiate. Une première vague de  mutations a purgé des milliers de magistrats, de policiers, réputés proches du mouvement Gülen. Dans la même foulée, des juges sont dessaisis de leurs dossiers et expédiés aux confins du Caucase.  Pêle-mêle, Tayyip Erdogan dénonce une « structure parallèle » à la solde d’un « pays du sud » (comprendre Israël), et menace d’expulser l’ambassadeur des Etats-Unis jugé trop favorable à la confrérie. De façon plus surprenante, il truffe ses allocutions d’allusions à l’ananas, fruit censé prouver, à l’image de la banane, la nature affairiste du mouvement Gülen. La confrérie et l’AKP sont pris dans une course de vitesse. La première doit déballer au grand jour le maximum d’affaires avant que le gouvernement n’ait le temps de purger l’appareil d’Etat de ces membres infiltrés. Pour enrayer les ravages dévastateurs des écoutes, Erdogan s’est brusquement transformé en chantre vibrant du respect de la vie privée. Dorénavant, une loi autorise le retrait immédiat de tout enregistrement contraire au respect de l’intimité. On l’aura compris, le Premier Ministre turc n’est pas à une contradiction près.L’utilisation d’écoutes n’a pas gêné l’AKP lorsqu’il s’est agi d’abattre l’establishment laïc. Or, ce procédé est devenu incontrôlable et a fini par se retourner contre ces instigateurs. Toutefois, ces écoutes ont eu un effet positif. Elles ont permis aux journaux turcs de trouver une nouvelle icône en la personne d’un ex-directeur des douanes d’Istanbul. Les écoutes ont démontré que le valeureux fonctionnaire a préféré résister aux avances alléchantes d’hommes d’affaires proches de l’AKP, quitte à récolter une promotion dans le Sud-Est de l’Anatolie…

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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Pivoine 04/04/2014 18:49


Tout cela finira par une guerre civile !