Ukraine victime des fruits pourris d’un grand remplacement soviétique

Publié le 5 Février 2014

L’objet de cet article n’est pas d’être exhaustif, ce serait trop long, ni de revenir en détail sur les guerres civiles atroces qui ont ravagé l’Ukraine et les conséquences politiques des deux premières famines. Il s’agit simplement de démontrer comment une politique de remplacement migratoire a été à l’œuvre en URSS par l’utilisation de  3 famines (1921, 1932, 1946), du couple déportation-importation de populations et de prouver combien cela pèse sur la paix civile et la cohésion du pays aujourd’hui afin d’en tirer des enseignements.

Par Jean-Marie Rousset pour Riposte-Laïque

L’Ukraine est une Nation martyre. Après avoir gémi sous le knout des Tsars, la révolution de février 1917 lui fait rêver à une indépendance que le chaos et l’issue de la guerre civile provoquée par le coup d’Etat bolchevique achèveront d’anéantir pour longtemps. En effet la guerre civile ‘russe’ voit s’affronter en Ukraine pléthore d’armées : allemandes, autrichiennes, rouges, russes blanches, ukrainiennes nationalistes, ukrainiennes anarchistes, groupes de partisans, polonaises etc, les troupes non étrangères étant elles-mêmes divisées en factions et changeant régulièrement de camp où elles conservent néanmoins leurs habitudes de guerre très sale.

Dès 1921 – 1922 la famine, provoquée par la nationalisation du commerce des céréales et les réquisitions communistes, éclate dans certaines provinces d’Ukraine : Zaporojié, Donetsk, Ekaterinoslavl, et Odessa (toutes ces provinces, à l’exception de Zaporojié,  sont aujourd’hui, dominées par le parti capitalo-soviétïdes des régions, car la population morte y a été remplacée par vagues successives dans les années consécutives à cette première famine soviétique). Celle-ci n’a pas été totalement provoquée comme le sera la deuxième, cependant comme le note l’historien Emile Thévenin, les bolcheviks l’aggravent par idéologie et l’utilisent cyniquement pour conforter leur pouvoir en s’imposant comme interlocuteurs légitimes des organisations étrangères qu’ils appellent à l’aide.

Comme toujours avec le communisme, le pire restait à venir.

Les Ukrainiens gênaient en URSS. Au sein même du parti leurs voix étaient dissidentes, leurs aspirations renaissaient. Staline eut alors recours aux services de Lazare Kaganovitch pour réduire ‘l’indigénisation’ de l’Ukraine et des Ukrainiens. Oui l’indigénisation devait être réduite, elle le sera par le grand remplacement de l’époque.

Cette fois la famine d’une ampleur inégalée allait être dissimulée au monde contrairement à la première. Ainsi en 1930 et 1931 ce sont 30% et 40 % de la production agricole Ukrainienne qui sont confisqués par l’Etat pour acquérir un capital socialiste et/ou la distribuer aux régions méritantes’ du fait de leur loyalisme.

L’URSS exportera plus de 3  millions de tonnes de céréales en 1932-33. Immonde.  Cette politique met l’Ukraine à genou, la disette réapparaît. Elle est l’occasion, en l’amplifiant, de liquider la paysannerie, de procéder à la dékoulakisation : 2 à 10 millions d’Ukrainiens selon les estimations (basses et hautes, les archives précises de cette périodes manquent et ne contiennent pas toutes les données, argument classique des révisionnistes qui retiennent le chiffre de 2 millions, 7 millions de victimes ukrainiennes est le chiffre admis) décèdent de la faim et du typhus alors que l’armée encercle les villages pour les priver de ravitaillement.

Le NKVD réquisitionne encore les récoltes, empêche les mourants de quitter leurs zones de confinement-extermination et au besoin renvoient les évadés y périr loin des regards. L’Est et le sud de l’Ukraine sont particulièrement touchés, tant et si bien que les autorités soviétiques y importent des populations du reste de l’URSS, le grand remplacement de l’époque vous suivez…aujourd’hui ces régions aussi votent majoritairement pour le parti des régions. Le remplacement a été si immédiat que les conséquences démographiques de la famine sont également  dissimulées. Rappelons qu’à cette époque 18 millions de soviétiques sont envoyés au goulag, les déportations massives ne posent aucun problème au régime communiste, ni technique, ni moral. Le génocide trouvera des complices à l’Ouest, ainsi le président du conseil français, Edouard Herriot, qui est promené dans des kolkhozes ‘Potemkines’, parlera d’un pays riant et de ‘récoltes admirables’. Et pour cause, le produit des confiscations est distribué aux kolkhoziens communistes, aux membres du parti non épuré, aux familles de soldats et chiens de garde du NKVD. La famine comme instrument de punition et de récompense.

La partie ouest de l’Ukraine échappe à cette terreur car, à ce moment-là, elle n’est pas sous domination soviétique. Elle est partagée entre la Pologne pour la Galicie, la Tchécoslovaquie pour la Ruthénie, et la Roumanie pour la Bucovine du nord et la partie située au sud de la Bessarabie. En 1939 le pacte germano-soviétique permet à l’Urss de faire main basse sur la Galicie aussitôt le NKVD entreprend la liquidation des ‘nationalistes bourgeois’, Ukrainiens comme Polonais. Les habitants d’une bande frontalière de 800 m à l’Est du Reich allié de l’URSS sont déportés par les communistes. Ainsi 400 000 Polonais d’Ukraine et de Biélorussie sont déportés en Sibérie, des milliers d’Ukrainiens et de Polonais sont assassinés.

En 1940 la Bucovine et la Bessarabie roumaine sont annexées par l’URSS qui déporte l’ensemble des intellectuels roumains en Sibérie. Là encore on déplace les populations parlant la même langue que les frontaliers….pour verrouiller le paradis communiste des fois qu’on veuille le vanter au voisin sans doute.

L’Ukraine de l’ouest, sous occupation austro-hongroise puis polonaise a vu sa population ukrainienne bénéficier de davantage de libertés que celle vivant dans l’empire des Tsars : liberté politique toute relative, liberté d’entreprendre, liberté religieuse, niveau d’éducation plus élevé et propriété privée. Après la révolution, elle demeure polonaise et ne sera soviétisée qu’en 1945 (après le laps de temps de 1939-41) ce qui la rend plus mature en matière d’opinion publique et de conscience de ce qu’elle est. L’abrutissement communiste y étant de surcroît perçu comme une entreprise coloniale étrangère très brutale.

En 1945, l’Ukraine de l’ouest revient définitivement dans le giron soviétique, en décembre de la même année 218 865 hommes, femmes et enfants y auront été assassinés par le NKVD. 78 000 Ukrainiens sont déportés en Sibérie, et  des soviétiques d’autres régions les remplacent. Il faut dire que, pendant cette période, la résistance ukrainienne a tué 35 000 soldats de l’armée rouge et du NKVD de quoi alimenter leur soif de vengeance sur les civils….. Ainsi l’historien Rosselli rappelle qu’à Zhovkva 225 squelettes dont 80 de femmes et d’enfants tués d’une balle furent découverts en 2002 sur les indications d’un rapport du NKVD. Les Ukrainiens et les Polonais se livrent aussi une impitoyable guerre civile avant de s’allier, trop tard. Une nouvelle famine s’abat sur l’Ukraine entre 1946 et 1947. Et c’est encore Lazare Kaganovitch qui en est le maître d’œuvre, par les confiscations et privations-punitions.

Dans le même temps la politique de grand remplacement s’abat sur les pays Baltes annexés. A titre d’exemple en Lettonie, entre 1945 et 1947, 500 000 civils soviétiques sont importés pour briser la résistance, faisant chuter la part des Lettons de 83 à 60% !!!!!!

Les déportations permettent d’accentuer ce grand remplacement, car en restant 10-20 ans relégués au goulag les indigènes, entre-temps remplacés chez eux, ne peuvent démographiquement résister à l’invasion de leur sol. Lorsqu’ils reviennent, brisés, il est trop tard. Thévenin rappelle que le rapport secret présenté au XXème congrès du PCUS contient cet aveu terrible de Khrouchtchev ‘Les Ukrainiens n’évitèrent ce sort (la déportation de l’ensemble de la population) que parce qu’ils étaient trop nombreux et qu’il n’y avait pas d’endroit où les déporter. Sinon ils auraient été déportés eux aussi…’

A ces famines, massacres et déportations s’ajoute tout un arsenal de cruautés. L’odieux principe de responsabilité collective conduit les communistes à punir l’ensemble des familles des opposants, sur 3 générations, et notamment à séparer les enfants de leurs parents. Ainsi le fils du chef de la résistance ukrainienne, le petit Yuri qui jusque-là vivait avec sa sœur Marika et la petite Iren Reichenberg , petite fille juive que sa mère  cachait la protégeant des nazis, fut en 1944 ( date de l’arrivée des soviétiques à Lviv)- à l’âge de 11 ans- arrêté. Youri passa 46 années de sa vie en camp de prison, asile et exil soviétique !!!!  46 années, de 11 à 57 ans  (le 2 août 1982 son cas a été soulevé à l’assemblée nationale française, le Quai d’Orsay avait plusieurs fois tenté d’obtenir, en vain, sa libération), pour sortir libre mais…aveugle !!!!

Le grand remplacement soviétique permet aussi au pouvoir central de miser sur les divisions. Il demeure encore un instrument de domination. En effet, la politique de l’URSS à son éclatement, en réaction aux indépendances de l’Ukraine, de la Moldavie, de la Géorgie, fut d’encourager des forces centrifuges, des indépendances dans l’indépendance. Celles-ci permettaient au kremlin et à l’armée rouge d’arbitrer les conflits et de conserver une allégeance dans ces pays : Moldavie-Transnistrie, Géorgie-Abkhazie, Ukraine-Donbass-Crimée aucun de ces conflits parfois armés dans les 2 premiers cas ne sont réglés… on dresse une partie du peuple contre l’autre et un jour cette partie appelle le grand frère au secours contre l’autre….

Ianoukovitch est bien l’homme lige des maîtres d’œuvre de la satellisation de son pays. Il instaure le bilinguisme, travestit l’histoire de l’Ukraine en défendant non seulement le passé soviétique mais en imposant la vision soviétique et tronquée de l’histoire. Sa politique de privatisation, menée dans l’opacité, a permis aux clans oligarchiques de l’est du pays de faire main basse sur l’économie ukrainienne. Ses alliés sont d’anciens communistes, des communistes tout court, des affairistes mafieux (Igor Markov, le clan de Lougansk….), des suprématistes….

En bon gouverneur colonial et son aveu même, Ianoukovtich n’emploie pour la répression à Kiev que des militaires et policiers issus de l’Est et du Sud colonisés du pays. Ainsi, le 30 janvier dernier, un capitaine d’un régiment de sécurité de Lougansk (fief de la mafia et du parti des régions) décédait à l’âge de 31 ans d’un arrêt cardiaque dans son cantonnement de Kiev. Les autres troupes, conscientes de leur identité ukrainienne, sont jugées peu fiables par le satellite. L’utilisation de troupes composées de descendants de colons est un autre aspect du grand remplacement qui n’est pas à négliger. Des hommes ne parlant pas la même langue que les manifestants leur tirent plus facilement dessus.

Outre ces troupes, le pouvoir peut compter sur les hommes de main des oligarques (tels Igor Markov, le clan de Lougansk etc etc ) comme escadrons de la mort (30 manifestants ont disparus en plus des 7 morts, dont l’ un a été retrouvé dans un bois après avoir succombé à ses tortures), les hell’s angels (impliqués dans le trafic de drogue), les cosaques de Crimée se réclamant des armées blanches et les cents-noirs de ‘Russkiy Obraz’. Le 1er février dernier, 6 000 délégués des sections locales du parti communiste, réunis en assemblée à Kharkov ont ‘spontanément’ décidé de la création de milices de guerre civile avec le but avoué de servir de police parallèle supplétive dans la répression. Là encore il faut regarder la vérité en face, un descendant de colon ou d’indigène lobotomisé, ne rentre pas là où est son allégeance véritable, il se bat sur la terre qu’il occupe ou convoite. Dans les régions où dominent les tenant de l’homo sovieticus, les manifestants ukrainiens, minoritaires sur leur propre sol, ont été immédiatement dispersés avec la plus extrême violence. Depuis, des menaces sordides pesant sur l’emploi, les femmes, les filles, et les enfants sont constamment exercées pour maintenir ces territoires hors de la souveraineté ukrainienne.

Aujourd’hui deux populations s’affrontent, le peuple ukrainien qui a survécu à ces horreurs et le peuple de l’homo sovieticus qui en est le fruit dépourvu d’identité, l’une a un passé tragique et l’autre ignore tout du sien, l’une veut un avenir ukrainien et libre l’autre regarde la liberté avec dédain et se situe toujours dans une posture de satellite, son allégeance est ailleurs … deux peuples ne font pas une Nation.

Le grand remplacement est un ferment d’injustices, de spoliations, d’abrutissements, de violences protéiformes et de guerre civile. Puissions-nous tirer tous les enseignements de la tragédie ukrainienne.

Jean-Marie Rousset

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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michel-la-six 07/02/2014 16:58


Attention. Le seul éclairage d'une petite partie, récente, de l'Histoire de ce "Pays" ne peut suffire à situer l'Ukraine, partagée de toujours entre Pologne et Russie qui la gouvernaient tour à
tour, partage, déséquilibre apparu trop souvent pendant les années sinistres de guerre ballottées entre nazisme et bolchévisme, particulièrement dans l'enfer des camps d'extermination.
Faudra(i)-t-il, comme Salomon, trancher par le milieu au méridien de Kiev pour sortir d'un conflit du niveau de l'Europe en face de la Russie ? Car il y a danger.  

Pivoine 05/02/2014 14:15


Même si elle ne ressert pas les mêmes plats, curieux comme l'Histoire se répète...


Ceux qui ont imaginé le Grand Remplacement en Europe de l'Ouest se seraient-ils inspirés de l'Ukraine ???