Un GOUFFRE entre les représentants de l'UE et les "INDIGNADOS" de Madrid & Co.

Publié le 25 Octobre 2011

 

2011-oct.jpg

CONTEXTE 

Un mouvement né le 15 mai suite à un rassemblement sur la place Puerta del Sol à Madrid d'un groupe qui s'est donné le nom d'« Indignados » (les « Indignés ») a rencontré un énorme succès international, dans ce contexte de crise et d'incertitude grandissante.

Aux Etats-Unis, un mouvement similaire, intitulé « Occupy Wall Street », a été lancé le 17 septembre 2011 lorsque des milliers de personnes sont descendues dans les rues du quartier financier de Manhattan. Ces deux mouvements ont depuis gagné du terrain dans des centaines de villes du monde entier.

Le mouvement s'est propagé partout en Europe. Le 15 octobre, des affrontements ont éclaté à Rome, où les manifestations ont pris une tournure violente. A Bruxelles, plus de 5000 manifestants ont tenté de défiler de la Gare du Nord aux institutions européennes, mais les forces de police les ont maintenus à 500 mètres de la Commission européenne.   

 

 

CONTACTS avec les REPRESENTANTS de l'UE

 

 

Les jeunes confrontés à la crise manifestent un peu partout en Europe contre les plans d’austérité, la précarité salariale et des niveaux de chômage sans précédent. 
Dans la plupart des cas, leurs critiques ciblent non seulement le système, mais aussi et surtout la classe dirigeante qui n’a pas su le gérer efficacement et équitablement. C’est donc bien la démocratie représentative qui est interpellée derrière leurs revendications. 
Mais ces jeunes ‘indignados’ européens ont-ils un projet politique, ou s’agit-il simplement d’un mouvement éphémère de mécontentement ? De quelle manière l’UE peut-elle donner une véritable réponse à ces jeunes et ainsi prévenir une dérive populiste possible?

 

 

Les membres du mouvement des Indignados et un haut représentant de l'UE ont participé à un débat exceptionnel le 19 octobre à Bruxelles. Ce débat a révélé un réel gouffre entre l'élite européenne et ce mouvement international de protestation.

 

 

Même si les quatre Indignés et Koos Richelle, le directeur général de la DG Emploi, affaires sociales et inclusion, ont trouvé un terrain d'entente au sujet des défis sociaux auxquels l'Europe est confrontée, ils ont eu des avis divergents sur les solutions à la crise économique et les moyens à mettre en œuvre pour un changement de politique.

 

 

Le rejet des institutions démocratiques formelles

Les deux parties se sont opposées à propos de la représentativité au sein des institutions publiques.

« Le premier message que notre mouvement essaye de faire passer, c'est que les hommes politiques ne nous représentent pas », a déclaré Olivier Bourgeois, l'un des membres de la commission internationale des Indignés, qui se définit comme un organe représentatif et non dirigeant. 

Les membres des Indignés ont jugé inadéquats les moyens de représentation démocratiques actuellement utilisés. L'un d'eux a tenu à affirmer qu'il n'avait jamais voté de sa vie, car il ne se sentait représenté par aucun parti. Un autre membre a rejeté l'initiative citoyenne européenne en raison de son caractère non contraignant.

M. Bourgeois a affirmé que même s'ils avaient reçu de nombreuses invitations de la part de parlementaires lors de leur séjour à Bruxelles, les membres des Indignés les avaient refusées, car ils considèrent que le débat doit être ouvert à tous les membres de la population. Une simple délégation des Indignés ne saurait représenter l'ensemble du mouvement, ont-il déclaré.

 « Nous n'avons de cesse de dire que nous n'irons pas au Parlement européen, car nous avons une approche plus proche du peuple. Nous nous exprimons dans des lieux publics, ouverts à tous...et nous demandons aux hommes politiques de participer à nos assemblées s'ils souhaitent mieux nous connaître », a déclaré M. Bourgeois.

Les Indignés ont préféré opter pour une démocratie directe, par le biais de ce qu'ils appellent l'« agora », un espace public ouvert à tous. 

Le directeur général, M. Richelle, a appelé les Indignés à provoquer le changement via les institutions en place : « Si vous voulez changer le système, il faut communiquer avec ce système ».

« Le message ne peut pas uniquement passer par des moyens électroniques ou de façon indirecte. A un certain moment, il faut définir une stratégie, un plan de ce que vous comptez faire, au-delà de l'indignation », a-t-il ajouté.

Lorsqu'EurActiv a demandé pourquoi un fonctionnaire avait été envoyé pour participer à ce débat plutôt qu'un homme politique, les services du commissaire aux affaires sociales, László Andor, ont répondu qu'ils n'avaient reçu aucune demande officielle de la part des Indignés. Ces mêmes services ont ajouté que le commissaire était prêt à rencontrer les Indignés si ceux-ci le souhaitaient.

 

 

 

Des revendications économiques : réglementation des institutions bancaires et redistribution des richesses

En termes de politique économique, les revendications concrètes des Indignés portaient surtout sur la gestion de la crise de la zone euro, le rôle des banques, et des problèmes plus généraux liés aux titres financiers en Europe.

Ils revendiquent une meilleure réglementation des activités bancaires (notamment par l'interdiction du commerce des produits dérivés), la séparation des banques d'investissement et de détail, la redistribution des richesses vers les tranches défavorisées de la société ainsi que l'allègement de la dette pour les économies périphériques de la zone euro. Les Indignés souhaitent également que les personnalités politiques et les banquiers assument la responsabilité de la crise financière.

Les Indignés ont pris en exemple l'Islande, où le premier ministre, Geir Haarde, a été inculpé et va comparaître devant un tribunal pour négligence et manquement. Ils ont également salué la nouvelle proposition de constitution, élaborée en tenant compte des suggestions envoyées par des citoyens islandais via Facebook et Twitter.

Au sujet de leurs divisions internes, l'un des Indignés se déclarant fédéraliste européen a affirmé que le mouvement comptait un grand nombre d'eurosceptiques parmi ses rangs.

« De nombreux membres des Indignés viennent de milieux où la critique de l'UE est ancrée dans un esprit anti-capitaliste qui considère que l'Union ne peut pas fonctionner en tant qu'instrument  », a-t-il déclaré.

 

 

 

Le public visé : la population, et non les hommes politiques

Les Indignés présents lors de la rencontre sont restés modestes quant à leur capacité à exercer une influence politique directe. Parmi eux, Héctor Huerga a reconnu que le mouvement aurait un faible impact sur les institutions européennes. « Nous faisons un travail de fond. Nous travaillons avec les populations, et nous savons que nous ne changerons pas la Commission européenne. Ce n'est pas notre objectif », a-t-il affirmé.

Ils espèrent plutôt avoir un impact sur l'opinion publique, et créer un nouveau mode de participation démocratique qui, selon eux, est facilité par l'utilisation de l'Internet et des médias sociaux.

« Pour créer une société bien informée, les gens doivent parler entre eux, lire et écrire énormément, par opposition à une société isolée par les institutions et les rouages du système », a déclaré M. Huerga.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Europe liberticide

Commenter cet article