Un "super flic" turc arrêté pour avoir dénoncé un complot islamiste

Publié le 10 Octobre 2010

Info d'Istanbul de cette Turquie candidate à l'entrée dans l'Europe!

             Dans toutes les librairies, le livre choc d'Hanefi Avci, ancien chef de la police de la province d'Eskishehir (ouest de la Turquie), occupe les têtes de gondole. Un demi-million d'exemplaires s'est vendu en moins de deux mois. L'ouvrage de cet ex "super flic" turc, intitulé Les Simon de la Corne d'or. Hier l'État, aujourd'hui les confréries religieuses, est une violente charge contre les groupes d'influence qui agissent clandestinement dans les arcanes du pouvoir turc. Exemples à l'appui, Hanefi Avci entend démontrer que la puissante confrérie islamique de l'imam Fethullah Gülen, omniprésente en Turquie, aurait noyauté la police et l'appareil judiciaire, pour lancer la chasse aux sorcières contre leurs opposants. De récentes affaires de tentatives présumées de complot contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, à commencer par l'affaire Ergenekon, jugée depuis 2008, seraient en partie, selon lui, fondées sur des preuves fabriquées par les gülénistes. Des milliers d'écoutes illégales auraient été pratiquées. Plusieurs centaines d'arrestations ont été effectuées et des dizaines de militaires, journalistes ou activistes proches de l'armée sont toujours détenus.

               Mais mardi 28 septembre, coup de théâtre. L'ancien chef de la police est arrêté chez lui, et conduit au tribunal. Il est inculpé et écroué pour "soutien à une organisation armée", en l'occurrence un groupuscule d'extrême gauche peu connu du nom de Commandement révolutionnaire, qui avait revendiqué un attentat à l'explosif en 2009, à Istanbul. Immédiatement, Avci dénonce un "complot", une "vengeance" qui porterait la marque de Gülen. Le quotidien Zaman, qui appartient à la confrérie, rétorque, lui, que le livre était une parade, Avci se sachant sous la menace de la justice. Pourtant, l'accusation ne convainc guère les observateurs. Même des éditorialistes proches du gouvernement et engagés dans la démilitarisation du régime turc ont exprimé de sérieux doutes. "Nous avons eu assez de maccarthysme dans ce pays contre les religieux. Maintenant nous ne devrions pas les laisser tourner les choses dans l'autre sens", estime Mustafa Akyol, pourtant proche du mouvement Gülen. Depuis l'installation au pouvoir d'un gouvernement islamo-conservateur, dirigé depuis 2003 par Erdogan, l'influence grandissante des adeptes de Fethullah Gülen effraie la société turque kémaliste, laïque et occidentalisée. Le mouvement a pris une place considérable dans le paysage médiatique, l'éducation et le monde des affaires. Il s'est bâti également une envergure politique et diplomatique propre à nourrir tous les fantasmes. À l'approche des élections législatives, fixées au 5 juin 2011, son poids pourrait être déterminant.

Guillaume Perrier

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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