Un turc indigné adresse un message à l’Europe: « Nous arrivons » par Soeren Kern. Traduction Nancy Verdier

Publié le 19 Mars 2012

par Soeren KERN

16 mars 2012

Traduit de l’anglais par Nancy VERDIER


 

 

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" Que vous nous  vouliez ou non dans l’Union Européenne, notre influence en Europe est croissante. Nous sommes plus nombreux. Nous sommes plus jeunes. Nous sommes plus forts. "

En Autriche, un immigrant musulman de deuxième génération a signé un nouveau livre provocateur dans lequel il démontre que l’avenir de l’Europe sera turc, que les Européens le veuillent ou non.  

Le titre court et incisif, incite à la confrontation et résume tout le message du livre : “Nous arrivons”

Sa thèse est la suivante : "Que (vous les Européens), vous nous aimiez ou non, (nous les Turcs), que vous nous intégriez ou pas, que vous nous vouliez ou non dans l’Union Européenne, notre influence en Europe est croissante. Nous sommes plus nombreux. Nous sommes plus jeunes. Nous sommes plus ambitieux. Notre économie se développe plus rapidement. Nous sommes plus forts.”

L’auteur un turc-autrichien de 25 ans du nom de Inan Türkmen affirme que son objectif en écrivant ce livre est de transformer les termes du débat concernant l’immigration musulmane en Europe.

Türkmen – né en Autriche de parents migrants Kurdes parle couramment l’allemand – et dit qu’il en a assez de la manière dont les immigrants turcs sont décrits dans les media européens. Il pense que le moment est venu pour les turcs de se défendre.

S’appuyant sur la stratégie du mouvement américain Tea Party, Türkmen dit qu’il veut établir “un mouvement de citoyens indignés”  en Europe (Wutbürgerbewegung). Son Tea Party turc rassemblerait les immigrants turcs  d’Autriche, d’Allemagne et d’autres pays européens pour protester contre “l’arrogance” européenne.    

Dans une interview avec le journal viennois Die Presse, Türkmen raconte qu’il a décidé d’écrire “Nous arrivons” après “avoir eu des bouffées de chaleur” en lisant le livre récent sur l’immigration musulmane écrit par l’économiste de renom Thilo Sarrazin. 

 

 

Le succès de librairie de Sarrazin  “ L’Allemagne court à sa perte", a brisé le tabou qui régnait depuis longtemps en Allemagne sur l’impact de l’immigration musulmane. Le livre qui fut d’abord publié en Août 2010 en est maintenant à sa 22ème édition. Au dernier relevé  plus de deux millions d’exemplaires avaient été vendus faisant de ce titre l’un des plus lus en Allemagne depuis la seconde guerre mondiale.

Le livre de Sarrazin résonne au coeur d’un grand nombre de gens ordinaires qui en Allemagne se sentent de moins en moins à l’aise face aux changements sociaux qui transforment l’Allemagne, essentiellement à cause de la présence de millions de musulmans non intégrés dans ce pays.


Voici quelques extraits du livre de Sarrazin : 

"Dans chaque pays européen, du fait de leur faible participation sur le marché du travail et de leur revendications importantes en matière de protection sociale, les immigrants musulmans coûtent à l’état plus qu’ils ne lui  rapportent en valeur ajoutée. En termes de culture et de civilisation, leurs notions de la société et de ses valeurs sont arriérées."  

"Aucune autre religion en Europe n’est aussi exigeante et aucune autre immigration ne dépend autant des prestations sociales de l’état et n’est autant connectée à la criminalité."  

"La plupart des problèmes culturels et économiques de l’Allemagne se concentrent sur un groupe de cinq à six millions d’immigrants venus de pays musulmans.”

“Je ne veux pas que mes petits-enfants et mes arrière - petits enfants vivent dans un pays à majorité musulmane où l’on parle essentiellement le turc et l’arabe, où les femmes portent des foulards islamiques et où la journée est rythmée par les appels à la prière du muezzin." 

“Si le taux de natalité des migrants reste plus élevé que celui de la population indigène, en quelques générations, ces migrants prendront le contrôle de l’état et de la société."

"Je ne veux pas que nous finissions comme étrangers dans notre propre pays, même sur une base régionale” 

"Avec le recul et en considérant la situation présente, l’immigration de travailleurs invités dans les années 60 et 70 fut une erreur gigantesque.”

 

 

Les racines des problèmes actuels de l’Allemagne avec l’immigration musulmane remontent au 30 octobre 1961, avec la signature d’un traité de recrutement de main-d’oeuvre entre l’Allemagne de l’ouest et la Turquie.  A cette époque de l’après-guerre, l’économie Ouest allemande était florissante et des traités similaires signés avec la Grèce, l’Italie et l’Espagne ne suffisaient pas à fournir à l’Allemagne son contingent de travailleurs dont elle avait un besoin permanent. Vers la fin de 1969, plus d’un million de turcs “travailleurs invités” étaient arrivés en Allemagne dans les zones industrielles du “pays d’accueil”.  

L’idée initiale, était que les travailleurs turcs rentreraient chez eux après une période de deux ans, mais la fameuse “clause de rotation” fut supprimée du traité germano-turc en 1964, en partie à cause de la pression des industriels allemands qui ne voulaient pas payer les frais constants de la formation professionnelle des travailleurs. Le résultat prévisible, fut qu’un grand nombre de turcs ne rentrèrent jamais chez eux.  

Aujourd’hui, la population turque en Allemagne, a proliféré jusqu’à 3,5 millions et constitue la plus grande minorité ethnique du pays. Les démographes s’attendent à ce que la population turque en Allemagne augmente de manière exponentielle au cours des décades à venir, essentiellement grâce à son  taux de natalité  et à la demande continue de l’Allemagne en travailleurs étrangers.  

La demande en main-d’oeuvre étrangère est alimentée par une crise démographique de la population allemande qui non seulement vieillit, mais aussi se réduit très rapidement. Selon les projections du bureau des statistiques   fédérales allemandes, la population actuelle de l’Allemagne qui avec 82 millions d’habitants est la plus importante d’Europe, est prévue de décliner de 20%, pour arriver à 65 millions au cours des cinquante prochaines années. Dans le même temps, 34% de la population aura plus de 65 ans et 14% aura 80 ans et plus vers 2060, en augmentation respectivement de 20% et 5% par rapport à 2009.  

Le double défi de la baisse et du vieillissement de la population aura des conséquences majeures pour le maintien financier du système de sécurité social allemand qui va du berceau à la tombe.  Par exemple, le nombre de retraités qui devront être supportés par les personnes actives pourrait presque doubler en 2060, selon le bureau fédéral des statistiques.  Tandis que 100 personnes actives entre 20 et 65 ans avaient dû fournir les retraites à 34 pensionnés en 2009, ils devront générer des revenus pour 63 à 67 pensionnés en 2060.

Ceci implique qu’à l’avenir, l’Allemagne sera plus ou moins dépendante des immigrants. Et les turcs continueront d’être une source majeure de main-d’oeuvre si on considère que le taux de natalité dans la population des immigrants  turcs en Allemagne est 2,4, soit  presque le double de la population native allemande (qui  a un taux de 1,38, bien inférieur au taux de remplacement qui est de 2,1 enfants par couple).

 

 

Le temps travaille en faveur des turcs et Inan Türkmen le sait. Dans un article très conflictuel intitulé “Vous les allemands vous avez besoin des turcs plus que les turcs n’ont besoin de vous” qui a été publié par le Financial Times Deutschland, Türkmen écrit : "Notre consolation est que l’influence turque en Europe est croissante et qu’il n’y a rien que vous puissiez faire, vous les européens pour l’arrêter. Bien sûr, la Turquie a toujours exercé une influence en Europe. Mozart, Hayden et Beethoven furent tous inspirés par la musique turque. Bientôt, vous ne vous en rendrez pas compte parce que vous serez tous un petit peu turcs. Les gens se fondent dans des cultures et je prévois de contribuer quelque peu à ce que cela arrive. Jusqu’à maintenant, toutes mes petites amies sont européennes, pas turques. A l’avenir, les tâches de rousseur seront l'exception en Europe. Le fait est là: l’avenir appartient à la Turquie."

Soeren Kern is Senior Fellow for European Politics at the Madrid-based Grupo de Estudios Estratégicos / Strategic Studies Group. Follow him on Facebook.

 Pour consulter une video sur les turcs d'Allemagne ICI

Cette traduction est copiable et diffusable dans le respect en mettant le nom de la traductrice et du site "Puteaux-Libre" Nancy VERDIER

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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