Valls/ Dieudonné: Victoire à la Pyrrhus. Par Minurne

Publié le 11 Janvier 2014

Me voilà obligé de reparler de Dieudonné, non, pas de l'homme, mais du formidable recul des libertés qui s'est produit à cause de lui.

Par Maurice de Minurne

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C dans l'air en avait parlé pendant une heure avant-hier soir, Calvi martelant qu'il attendait avec impatience la décision du Conseil d'Etat "qui délibère et nous devrions connaître sa décision avant la fin de l'émission". La "décision" arriva, à la grande surprise de la juriste présente sur le plateau qui dans un premier temps n'en crut pas ses oreilles : "le Conseil d'Etat interdit le spectacle de ce soir à Nantes".

Il n'y eut qu'un invité de Calvi pour recommander d'attendre de connaître les conditions dans lesquelles cette décision venait d'être prise. Cela n'empêcha pas radios et télés d'affirmer en boucle que la décision "fait jurisprudence" et que les spectacles de Dieudonné seraient désormais interdits.

Or il n'y a eu aucune délibération au Conseil d'Etat, si ce n'est celle de Valls relayé par son directeur de cabinet au téléphone avec UN fonctionnaire du ministère de la Justice. C'est lui qui a annoncé SA décision, au nom du Conseil d'Etat saisi en référé par Valls une heure plus tôt. 

Et qui est ce fonctionnaire zélé et discipliné ?

C'est, Bernard Stirn, le frère d'Olivier, "l'andouille de Vire", énarque, franc-maçon comme il se doit, arrière petit-neveu de Dreyfus. Et qui est ce Dircab de Valls qui s'est montré si convaincant ? Un autre énarque, un copain de Bernard Stirn avec qui il a travaillé au Conseil d'Etat pendant des années avant d'être recruté par Valls. On tourne en rond dans le copinage.

Ainsi, en résumé, un employé de Christiane Taubira a accédé à la demande pressante du ministre de l'Intérieur pour, en quelques dizaines de minutes, prendre, au nom du Conseil d'Etat qui en a été informé par la télé, une décision qui remet en cause quatre-vingt années de jurisprudence constante sur l'interdiction de la suspicion de trouble à l'ordre public comme mobile pour interdire un spectacle qui déplait au pouvoir en place.

L'un des trois avocats de Dieudonné a en outre fait savoir qu'il avait informé le tribunal administratif de Nantes que Dieudonné était d'accord pour ne pas produire "Le Mur" comme le tribunal le demandait et qu'il présenterait à la place un autre spectacle, un "best-of", bien qu'il soit trop tard pour retirer les affiches annonçant "Le Mur". Or le Conseil d'Etat n'aurait pas été averti à temps de cette concession de Dieudonné et quand il le fut, Stirn confirma sa décision en expliquant que Dieudonné n'ayant pas changé précédemment son spectacle malgré les condamnations dont il avait été l'objet, le risque de trouble à l'ordre public demeurait. 

L'affaire n'est donc pas terminée, car si les faits sont avérés, il y a eu manipulation de la Justice du fait de la précipitation du mari de la violoniste qui, dans son obstination butée à vouloir emporter sa victoire politique avant-hier soir, a bousculé un fonctionnaire du Conseil d'Etat pour arracher une décision qui, pour devenir jurisprudentielle, devra être validée par une ordonnance du Conseil d'Etat prise en assemblée.

Il faut donc attendre que le Conseil d'Etat se réunisse pour savoir ce que deviendra réellement "sa" (?) décision. Cependant, comme à Tours, hier soir, l'interdiction a été renouvelée dans les mêmes conditions, un fonctionnaire prenant la décision tout seul, ladite assemblée aura de plus en plus de mal à rectifier le tir et désavouer deux décisions successives prises en son nom et allant dans le même sens. Le nouveau juriste présent autour de la table d'Yves Calvi hier soir fut tout aussi surpris que la juriste d'avant-hier soir et parla de "militantisme administratif".

C'est bien vu, car il faut savoir qui sont les membres du Conseil d'Etat.

Dans les institutions de la Ve République, son premier rôle est celui de conseiller le gouvernement. À cette fin, le Conseil d'État doit être consulté par le gouvernement pour un certain nombre d'actes, notamment les projets de lois. Son second rôle est celui de plus haute des juridictions de l'ordre administratif. Les décisions du Conseil d'État peuvent néanmoins être soumises au Tribunal des conflits qui tranche les conflits de compétence.

Le Conseil d'Etat est composé d'environ 350 membres dont 80 en détachement permanent. Ce sont tous des fonctionnaires et tous sortis de l'ENA. Juridiquement, les membres du Conseil d'État ne sont pas des magistrats (comme ceux des tribunaux administratifs), seulement  des fonctionnaires. Mais ils ont un statut particulier et ne ressortent pas de la fonction publique : leur avancement se fait "au choix" et partiellement à l'ancienneté. Nominations et promotions étant décidés par le président de la République et les ministres du gouvernement, il est évident que "l'impartialité" du Conseil d'Etat tellement vantée depuis deux jours sur les télés, et notamment par Claude Veil du Nouvel Obs hier soir à C dans l'air, est une fiction. On comprend bien que Bernard Stirn qui fut nommé par décret en Conseil des ministres n'a pas grand-chose à refuser à ses supérieurs, Christiane Taubira et Manuel Valls, s'il veut que sa carrière se poursuive dans l'harmonie et le bonheur !

Il semble évident que le succès populaire de Dieudonné ne peut pas être toléré par un système qui a mis en place une camisole mentale sur le peuple, celle de la "pensée politiquement correcte", une camisole qui va à l’encontre de ce que dit le "comique" dans ses spectacles.

Alors bien sûr, Dieudonné tient des propos ouvertement antisémites et il enfreint avec constance la loi Gayssot. De plus, il s'en prend ad nominem aux personnes qu'il n'aime pas en soulignant leur judéité supposée (mais souvent bien réelle) en termes grossiers. On peut donc considérer que l'interdire est une bonne chose parce qu'il porte réellement "atteinte à la dignité humaine", ce qui est "intolérable" comme aime à dire Valls dans les postures mussoliniennes qui lui sont si naturelles. L'interdire oui, mais lui personnellement en faisant appliquer les décisions de justice déjà prises et payer les amendes prononcées, ce que Taubira a échoué à faire sans se forcer. Pas en remettant ouvertement en cause les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'Homme sur la liberté d'opinion, pas en en appliquant le principe de précaution à la liberté d'expression, car c'est cela qui est extraordinairement grave pour nos libertés : l'Etat pourra, si le Conseil d'Etat ne revient pas sur son changement d'une jurisprudence très ancienne, présumer du crime.

Autrement dit, n'importe quel fonctionnaire, préfet ou ministre (ils le sont tous) ou autre, pourra faire interdire, voire arrêter et emprisonner quelqu'un pour une suspicion de délit d'opinion possible. 

On n'en est pas à la situation de la Corée du Nord, mais déjà à celle du Kazakhstan où l'on emprisonne les journalistes qui seraient susceptibles de dire du mal du président "bien-aimé".

En France, c'est un grand pas de plus vers le totalitarisme déjà en marche depuis mai 2012.

Le bon côté de la chose, c'est que voulant faire un coup politique pour se resituer à la gauche de la gauche, Valls s'est mis les communautés ethniques des cités et des banlieues à dos, celles que le PS avait réussi à convaincre de voter pour lui et qui constituent une très grande part du public de Dieudonné. Plus de 40 % déclarent déjà qu'elles s'abstiendront aux municipales

Et puis il faut dire que les socialistes récoltent avec Dieudonné les fruits de ce qu'ils sèment depuis 1968 : la liberté de dire n'importe quoi en n'importe quels termes au nom de l'interdiction d'interdire. Cela produit ces rappeurs et slameurs, ces Bedos et Charlie Hebdo qui insultent la France et les Français, les "faces de craie" et les chrétiens à longueur de chansons, de sketches et d'articles immondes et nauséabonds, mais que tout le monde tolérait au nom de la liberté d'expression que Valls remet aujourd'hui en cause.

Et ce trouble-à-l'ordre-public-là, est du fait de la nouvelle agence de com de Dieudonné : "Valls publishing & Bilderberg Brothers", donnant à la presse internationale l'opportunité de dénoncer "ce bras de fer grotesque, ou du moins maladroit, qui donne un peu plus de poids à ce comique de la pire espèce" (Courrier international du 10 janvier).

Mais Valls s'en fout, son objectif, révélé par David Revault d'Allones du journal Le Monde hier soir à C à dire, c'est d'ajouter une pierre de plus à la construction de son image de présidentiable pour 2017 où "il pourrait se présenter contre Hollande". La France, il s'en fout, le PS il s'en fout, les cités il s'en fout, il fera ce qu'il faut pour les reconquérir plus tard ; seule compte son ambition et les moyens de l'assouvir par le PS et les communautés ethniques, mais s'il le faut sans lui et sans elles.

Maurice


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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Du côté des médias

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mika 11/01/2014 19:14


 


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