Vidéo: CRISE OU HOLD UP ? Par Catherine Ségurane

Publié le 27 Décembre 2011

Cette conférence passionnante réunit Myret Zaki, ( rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan) et Étienne Chouard, professeur d’Économie-Gestion à Marseille et chercheur (que nous connaissons bien sur ce blog. Ndlr GB).

Intellectuellement, c'est un régal, car ils sont doués l'un et l'autre d'un regard perçant qui leur fait découvrir le hold-up sous l'habit de la crise, mais en même temps ils ne partagent pas les mêmes options en économie : "Cette crise n'en est pas une. Tout se passe comme prévu."

Myret Zaki n'est ni keynesienne, ni partisane de la monétisation des dettes, et le mot rigueur ne lui fait pas peur. Ce qui ne la rend pas pour autant naïve : elle sait nous décrire cette réunion des cinq principaux patrons de hedge-fund, dont Georges Soros, en février 2010 dans un restaurant new-yorkais, et la façon dont ils ont décidé d'attaquer la dette européenne en commençant par celle de la Grèce. Pour elle, la "crise" est une fabrication pure et simple.

Etienne Chouard, lui, est keynesien, et il pose aussi le problème de la démocratie, qu'il trouve insuffisante. Pour lui, seul le tirage au sort pourrait empêcher que le pouvoir tombe dans les mains des ultra-riches. Il finira par nous entraîner dans sa passion : la description du fonctionnement de la démocratie athénienne antique, nous régalant d'un cours d'histoire offert en prime.

Le débat sur le keynesianisme est animé, car Myret Zaki, peu enthousiaste, fait remarquer que la politique de la Federal Reserve américaine est keynesienne depuis des années et qu'elle a échoué, monétisant à outrance et rajoutant de la dette à la dette sans pour autant résorber le chômage.

A ce stade, la discussion s'anime et s'affine, car aucun des protagonistes n'est sans nuances. L'économiste classique Zaki, également journaliste  d'investigation (dans la mesure du possible  car c'est difficile dans le milieu de la haute finance) n'est pas la moins percutante pour analyser une pseudo-crise en forme de hold-up et nous décrire très concrètement les manoeuvres des gangsters d'en haut en termes de qui, ou, quand, comment et pour quel butin. Et le keynesien Chouard, ne cachant pas son plaisir quand Zaki, en le contredisant, lui offre une occasion de relance, se régale à nuancer le keynesianisme : pour sortir d'une crise, il ne suffit pas de créer de la monnaie, il faut aussi surveiller dans quelles poches elle va.

Une vraie fête des neurones !

Catherine Ségurane

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

Commenter cet article

Marie-Claire Muller 27/12/2011 21:13


Sur AGORAVOX l'analyse correspond bien  à ce qui a été dit sur la vidéo nous sommes dépendant de l'article 123 du traité de Lisbonne


Traité de Lisbonne, article 123 : le coup d’état
de la finance


Comme chacun sait, la Grèce est actuellement en première ligne des pays attaqués par la finance sur son point faible : la dette souveraine.
Cette situation est cependant valable pour la plupart des pays occidentaux endettés, y compris la France, la seule différence étant que les plus vulnérables subissent en premiers les coups de
boutoir de ladite finance. Les suivants sur la liste commencent d’ailleurs également à être touchés (Portugal, Espagne) à travers les agences de notation.





Cet article va évoquer une question fondamentale que personne ou presque ne se pose, à savoir pourquoi les états en sont arrivés à se financer sur le marché
privé.
Cette question en apparence anodine est en fait lourde de conséquences sur les finances publiques et surtout pour les contribuables que nous sommes tous.


C’est bien la finance qui coule la Grèce : démonstration


La dette d’un état
Comme tous les pays en déficit, la Grèce doit lever régulièrement sur le marché mondial des fonds pour financer son déficit.


A ce niveau, on doit bien distinguer le déficit annuel de l’état (du à un niveau de dépenses supérieur aux recettes) de la dette qui est grosso modo le cumul du solde des déficits annuels passés.


Qu’un prêt corresponde à une création monétaire ou pas reste une question philosophique, dans tous les cas un prêt correspond à une avance de fonds devant être remboursée à l’aide d’argent qui
sera en principe obtenu dans le futur, il y a donc un risque associé lors de l’émission d’un prêt.


Toute dette comprend 2 parties :


cumul des déficits antérieurs ou capital

charge de la dette ou intérêts financiers



La situation de la GrèceEn 2009, la situation de la Grèce est la suivante :

 dette = environ 100% du PNB

 déficit = 13% du PNB incluant les
intérêts annuels de la dette.


En 2010, la dette sera donc au moins égale à 113% du PNB, les intérêts de cette dette si les taux restaient à 3% devraient donc passer à 113*3% = 3.39%.


Directement de votre poche dans celle des banquiers
Cette partie des dépenses de l’état ne correspond à aucun investissement collectif, ces intérêts prélevés sur les impôts directs ou indirects des citoyens correspondent donc à une partie du fruit
de leur travail qui va directement dans la poche des banquiers sans aucun service en échange.


Une question que peu de gens se posent est de savoir s’il est normal que les banquiers privés s’enrichissent sur le dos des états.Réponse : cette question est éludée
car les médias nous parlent sans cesse des taux d’intérêts « du marché » et de leurs variations comme si cela représentait une vérité universelle, le battage médiatico/politique nous a
habitué à cet état de fait depuis une trentaine d’années.


Endettement court terme
Le plus grave problème de la Grèce est que cette dernière est endettée à partir de prêts courts termes de l’ordre de 2 ans, cela revient à dire que la majeure partie de sa dette [100% du PIB]
doit être renouvelée sur les marchés financiers grosso modo tous les 2 ans.
Et si jamais les taux d’intérêts consentis varient, alors le déficit vient mécaniquement augmenter également.


Un taux qui passe de 3 à 7% associé à un renouvellement des emprunts obligataires sur 2 ans environ vient mécaniquement augmenter les dépenses de l’état de +4% de la dette au bout de ces 2
ans.
Cela augmente très vite et devient donc également très rapidement insupportable.


La finance a lancé une guerre aux états


Comme vu dans l’article "La spéculation attaque notre
(R)UE" les spéculateurs attaquent la Grèce à l’aide du marché opaque des CDS dits à "nue position", c’est-à-dire achetés par des gens qui n’ont pas prêté un euro à la Grèce.
C’est le principe du "Je prends une assurance incendie sur la maison de mon voisin".


La finance joue avec les taux d’intérêts
Puisque le nombre de CDS pris sur la Grèce augmente fortement, les agences de
notation en déduisent que "le marché" croit de plus en plus à un défaut de paiement de la Grèce et baissent leur note.
Du coup les taux d’intérêts consentis à la Grèce explosent, ils sont de l’ordre de 6/7% pour les taux courts termes contre 3/3.5% pour les pays en dont la note est AAA. Le temps que je termine
cet article, ils pourraient facilement dépasser les 10% ou bien plus si rien n’est fait pour enrayer cette spéculation.


Les taux d’intérêts sont donc une redoutable arme de destruction massive.


Un cercle vicieux
La séquence de guerre lancée par la finance sur la Grèce est donc :


Achats massifs de CDS « nus » sur la Grèce

Prise en considération de ces achats par les acteurs économiques en particulier les agences de notation

Les agences baissent leurs notes de confiance sur l’état attaqué

Conséquence : les taux d’intérêts augmentent pour compenser le risque de défaut de paiement

L’augmentation des taux enfonce encore plus la Grèce dans le marasme

Retour à 1.



Une Europe elle-même au bord du gouffre va-t-elle pouvoir stopper la finance avec son plan d’aide à la Grèce de 80 Milliards auxquels s’ajoutent les 30 Milliards du FMI ? Car derrière
la Grèce, il faudra bientôt sauver le Portugal, l’Espagne, L’Italie, etc…


Revenons maintenant sur la question posée précédemment.


L’article 123 du traité de Lisbonne


L’article 123 du Traité de Lisbonne stipule que :
« 1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou
tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres
organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales des instruments de leur dette
est également interdite »


En clair les états signataires s’interdise

Francis NERI 27/12/2011 16:31


Merci à Catherine pour ce document qui est un monument. La faiblese des "propositions" n'enlève rien à la force des analyses qui pour une fois sont "intégratives". Décidemment il n'y a qu'une
seule "sortie" possible: la régulation et le controle (réglementation) et cela dans un cadre mondial. Mais quand on voit ce qu'il advient du projet de N.Sarkozy de taxation des transactions
financières. Ce n'est pas pour demain !     

23bixente23 27/12/2011 12:04

arf, 2h30 de conf', faut avoir le temps... cpdt, je le prendrai, et écouterai attentivement tout ce qui se dira, car le sujet me semblefondamental, et, pour une fois, traité sans langue de bois,
avec intelligence, finesse, objectivité, si j'en crois l'article de Catherine Ségurane... merci pour cette vidéo, et merci de ne pas avoir utilisé dailymotion (chez moi, toutes les vidéos
dailymotion se coupent toutes les 20 à 30 secondes. réponse de dailymotion suite à ma complainte: bug connu, on y travaille, merci de patienter....)