Vincent Peillon : rigidifier la carte scolaire pour une mixité sociale de façade...

Publié le 19 Décembre 2012

Renforcement de la carte scolaire, renforcement des inégalités
Par Jonas Haddad 

Cela faisait au moins une semaine que Vincent Peillon n’avait pas fait une annonce au sujet de l’école. Aujourd’hui, le ministre de l’Education nationale remet sur le tapis la carte scolaire, en  promettant de la rendre plus « rigide » dès la rentrée 2014.

Ce dispositif, instauré à l’origine pour des raisons purement pratiques, affilie une zone géographique à un établissement scolaire public. Compte tenu de la ségrégation sociale et scolaire qui s’est développée depuis une trentaine d’année, la sectorisation a eu des effets pervers et contribué à la disparition de la mixité sociale. Un exemple très connu : dans certains arrondissements de Paris, le découpage arbitraire du rectorat a classé certaines rues à cheval entre deux collèges. Conséquence ? Les prix des biens immobiliers compris dans le périmètre d’un lycée prestigieux se négocient 10 % plus cher que pour ceux dépendant de l’autre établissement.

Sous couvert de mixité sociale et scolaire, Monsieur Peillon risque d’aggraver encore les inégalités entre les élèves et la relégation scolaire. Le renforcement de la carte scolaire va inéluctablement conduire les familles à se tourner davantage vers le secteur privé, qui paradoxalement n’a pas les faveurs du gouvernement actuel.

De par la rigidité de la carte scolaire a été mis en place un système parallèle afin de contourner les « mauvais » établissements. Seules les familles les plus favorisées peuvent faire fi de la carte scolaire : dérogations auprès du rectorat facilitées par l’existence des réseaux de certaines familles, choix d’une langue rare enseignée uniquement dans le bon collège d’à côté, inscription dans un établissement privé. Plus grave, les solutions illégales ne manquent pas : fausse attestation d’hébergement chez un ami, location d’un appartement « boîte aux lettres » situé dans la zone choisie…

En 2002, un assouplissement a été mis en place pour les élèves issus de collèges ZEP et titulaires d’une mention très bien au brevet. Conscient des limites d’un dispositif que les détournements ont pratiquement vidé de son sens, Nicolas Sarkozy avait souhaité sa suppression et organisé son assouplissement.

C’est le retour d’une mixité sociale de façade.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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