Violence dans les banlieues: les praticiens mettent en demeure l’État d’appliquer ses engagements.

Publié le 18 Juillet 2012

Lutter contre l'insécurité des médecins

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Face à la recrudescence des violences dont ils sont victimes, les praticiens mettent en demeure l’État d’appliquer ses engagements. (Voir Art précédent)

Il est urgent d’améliorer la sécurité des médecins. Nous attendons du gouvernement qu’il relance ce dos­sier trop longtemps négligé. Pré­sident de la Confédération des syndicats médicaux français (la puissante CSMF), Michel Chas­sang a décidé de faire de ce sujet l’une de ses priorités. « La banalisation des violences dont les médecins sont victimes est inacceptable », dit-il en dénombrant les agressions qu’ils ont récemment subies.

Le 28 mai, à Avignon, un quadragénaire en état d’ivresse tente d’étrangler avec une chemise de nuit une jeune urgentiste du centre hospitalier Henri-Duffaut. Déjà connu de la justice, l’individu est condamné à un an de prison ferme. Le 29 avril, un psychiatre du CHU de Grenoble manque de succomber sous les coups des proches d’une patiente, mécontents de sa prise en charge. « Si des gens du service n’étaient pas intervenus, je pense qu’ils l’auraient tué. Ils voulaient vraiment le lyncher », témoigne un infirmier. Deux des agresseurs seront condamnés, le 10 mai, l’un à dix mois de prison ferme, l’autre à cinq mois avec sursis.

Le 24 février, une femme médecin généraliste est prise à partie par un pa­tient, sans doute toxicomane, dans son cabinet du centre-ville d’Agen. L’homme empoigne une chaise qu’il jette dans sa direction et dégrade du matériel médical avant de s’enfuir. La généraliste s’en sort heureusement sans mal. Sa consœur du Calvados, agressée le 21 décembre à Argences, n’a pas eu cette chance : un individu de 22 ans la blesse de plusieurs coups de couteau. Il sera condamné le 3 février à trois ans de prison ferme.

Certains praticiens peinent à s’en remettre, comme le Dr M., qui témoigne sur le site Egora.fr, consacré à l’actualité médicale. Nous sommes en 2007. Urgentiste en Gironde, il reçoit un violent coup de pied à la tête en tentant de maîtriser un patient. Fracture de la mâchoire avec entorse aux cervicales. Aux séquelles physiques s’ajoute un traumatisme psychologique qui mettra longtemps à se dissiper : « J’avais honte. Une honte presque comparable à celle vécue par les personnes qui viennent d’être violées. J’étais touché dans mon intégrité et dans ma chair. […] Il n’y a même pas eu de justice. Le jeune a été condamné financièrement mais il n’était pas solvable. Il a été interné en psychiatrie mais, très vite, il est sorti. Il m’est arrivé plusieurs fois de le croiser dans la rue », poursuit-il avant d’ajouter, désabusé : « La violence est devenue un problème de société. Les jeunes médecins doivent intégrer qu’elle fait désormais partie du métier. »

Selon l’Observatoire national des vio­lences en milieu de santé (ONVS), en 2011, les établissements de soins ont signalé 5 760 incidents : presque 700 de plus qu’en 2010 ! 87 % des violences déclarées sont des atteintes aux per­sonnes : coups (55 %), insultes, me­naces… Les autres faits sont des atteintes aux biens : vols ou dégradations. Les services les plus touchés sont la psychiatrie (25 %), les urgences et la médecine générale. Le travail du personnel hos-pitalier est encore compliqué par des considérations religieuses. Le 21 décembre 2011, à Marseille, Nassim, un homme de 24 ans, est condamné à six mois de prison ferme pour avoir bousculé vio­lemment une sage-femme : il n’avait pas accepté que soit retiré le voile de son épouse sur le point d’accoucher.

« Il n’est plus possible d’ignorer que la violence existe au sein des établissements de santé, […] qu’elle soit involontaire (expression d’une pathologie) ou recherchée et ciblée (invasion de bandes, règlement de comptes entre bandes rivales, manifestation d’un énervement ou d’une angoisse) », souligne l’ONVS, qui s’inquiète que la présence d’armes soit devenue « banale ». En se référant à la classification de ces incidents, le réseau CHU conclut à « une radicalisation des agressions qui virent de l’insulte (niveau 1) aux coups (niveau 3) sans passer par le palier menaces (niveau 2) ».

Les médecins de ville sont autant concernés que leurs confrères hospitaliers. Selon l’Observatoire pour la sécurité, qui dépend de l’ordre des médecins, le nombre de déclarations d’incidents a un peu diminué en 2011 (822), mais il avait augmenté de 80 % en 2010. 60 % des victimes sont des généralistes, « par­ticulièrement exposés la nuit, lors des visites à domicile », souligne le Dr Chassang.

20 % de ces violences sont liées à des vols – d’argent mais aussi d’ordon­nances, utilisées pour de fausses prescriptions (traitements de substitution à la drogue, par exemple). « Très souvent, l’altercation intervient en raison d’un désaccord entre la prescription médicale et les exigences du patient : arrêt de travail, médicaments génériques… », précise Michel Chassang.

Les carabins désertent la Seine-Saint-Denis

Depuis cinq ans, la Seine-Saint-Denis arrive en tête des déclarations d’incidents (8 % des signalements). « Cette insécurité est lourde de conséquences sur l’installation des praticiens au sein des territoires sensibles, au détriment de l’accès aux soins des patients », note le Dr Le Douarin, coordonnateur national de l’Observatoire pour la sécurité des médecins – ce que confirme une étude du conseil de l’ordre du département : les trois quarts des 426 étudiants inscrits en sixième année à la faculté de Bobigny entre 1998 et 2002 se sont installés ail­leurs dix ans plus tard. Il n’en reste que 102, dont seulement 23 généralistes, alors que 517 médecins devraient prendre leur retraite dans les dix ans qui viennent ! Même si la situation s’améliorait, il manquerait alors plus de 300 généralistes libéraux pour prendre en charge la population de Seine-Saint-Denis.

Que faire ? En 2010, les syndicats de médecins avaient signé un protocole avec les ministères compétents (In­té­rieur, Justice et Santé) pour mettre en place des mesures destinées à assurer la sécurité des praticiens. Il s’agissait, entre autres, de développer le financement des caméras de surveillance aux abords des maisons médicales de garde et de mettre en place un numéro d’appel urgent relié au commissariat.

« Malheureusement, le déploiement de ce protocole dans les départements a pris du retard. Il faut le relancer », dit Michel Chassang, qui réclame la tenue d’une réunion sur ce point entre l’État et les syndicats médicaux. « Face à l’absence de réponse énergique des pouvoirs publics, de plus en plus de médecins renoncent à déclarer les violences dont ils sont victimes et ne portent pas plainte », déplorait-il en début d’année dans une lettre aux candidats à l’élection présidentielle. À charge au gouvernement désormais en place d’agir efficacement.  Mickaël Fonton

Photo © AFP

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Coups de gueule

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Polux 19/07/2012 17:30


Difficile d'éradiquer cette violence, car ne le cachons pas ce n'est pas la violence qu'il faut éradiquer, mais ceux qui la provoquent et je regrette que Sarkozy n'ait pas tenue sa promesse
d'utiliser le karcher pour débarasser les cités de la racaille et, par la même occasion, renvoyé tous les indésirables chez eux.


Mais, plus que jamais, les biens pensants trouveront des raisons pour excuser la racaille ( la société, le désoeuvrement etc ... ) et avec le gouvernement actuel je pense que l'on
n'est pas sortie du problème...!!!


Suis je bête ! Peut être que pour le gouvernement, le problême, c'est nous...??? Allez savoir !

isabelle 19/07/2012 00:45


Moi, ce qui me frappe (si j'ose dire) c'est que maintenant on ne songe qu'à protéger de la violence au lieu d'éradiquer cette violence. Un peu comme si on trouvait normal de vous faire manger de
la viande pourrie parce qu'on a mis en place les moyens de soigner l'intoxication alimentaire qui en découle.

Polux 18/07/2012 22:21


Epicure, sympa pour les hospitaliers qui eux n'ont peut être pas le choix que de travailler dans ces quartiers de merde. Si je travaillais à Paris, ma femme qui est aide soignante ne
pourrait pas, elle, demander un poste à la campagne. 

Epicure 18/07/2012 14:07


retard retard...vous pouvez me citer une chose qui ne soit pas en retard de deux guerres en France?

Epicure 18/07/2012 14:06


je ne plains guère ces praticiens adeptes du wishfull thinking qui préfèrent travailler dans ces quartiers de merde où l'Etat et ses Hospitaliers n'ont qu'à s'en démerder! plutôt qu'aller à la
campagne où on manque cruellement de médecins!