Viols : les intouchables du show-biz. Par Marie Delarue

Publié le 16 Janvier 2013

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Marie
Delarue

Ecrivain, musicienne, sculpteur.

Sur le tard, Sir James Wilson Vincent Savile, dit Jimmy Savile, avait une tête de vieux dégueulasse, des lunettes rondes aux verres roses et des cheveux longs comme John Lennon au temps du Sergent Pepper. Il promenait dans les rues de Londres son dandysme so british, mélange d’excentrisme et de snobisme trèsseventies, et tripotait encore les petits enfants en fumant ses barreaux de chaise.

On reproche à la star de la BBC exactement 214 « actes criminels », dont 34 viols, commis entre 1955 et 2009. Encore ne s’agit-il là que de ce qui est avéré. Jimmy Savile est mort en 2011, à 84 ans. Ce qui veut dire qu’à 82 ans, cette ordure sévissait encore avec la bénédiction et la complicité muette de ses grands amis des médias britanniques.

Klaus Kinski, lui, a toujours eu une tête d’halluciné. C’est même ce qui avait fait son succès. A la limite, pas besoin de bétonner le scénario, la« légende torturée d’Hollywood » suffisait à vous glacer les sangs. Celui-là se vantait d’avoir culbuté un bon millier de femmes. Consentantes ou pas, il s’est gardé de le dire. En revanche, ses deux filles qu’il a terrorisées et, pour l’une, violée pendant quinze ans, se sont mises à parler.

L’affaire Savile est exemplaire : il a fallu attendre que le bonhomme soit mort pour que commencent à sortir quelques sinistres vérités sur son compte, que les plaintes soient instruites et une enquête enfin déclenchée non seulement sur ses agissements, mais sur l’incroyable silence qui a pesé pendant soixante ans sur les crimes de ce salopard, lequel paraît bien être l’un des plus grands prédateurs sexuels que la Grande-Bretagne ait connus.

La police britannique a rendu son rapport vendredi dernier. Il est ahurissant. Jimmy Savile est soupçonné d’avoir agressé sexuellement des centaines de victimes âgées de 8 à 47 ans, crimes commis – et couverts ! – non seulement dans ses propres studios de la BBC, ce dont la chaîne va devoir rendre compte, mais également dans treize hôpitaux et un foyer pour jeunes où ce salaud aimait à plastronner en bienfaiteur de l’humanité. Au milieu du lot, le « Haut de la Garenne », le fameux orphelinat des horreurs, à Jersey, dont il aurait été l’un des habitués.

80 % des victimes de Savile étaient des jeunes filles ou des femmes, en moyenne entre 13 et 16 ans. Klaus Kinski, lui, a abusé de sa fille de l’âge de 5 ans jusqu’à 19 ans, les tenant, elle et sa sœur, par les coups et la peur. Il y a fort à parier qu’elles ne furent pas les seules.

Ces dernières années, et Dieu sait que les médias ont donné de la trompette sur le sujet, on a ouvert la chasse aux curés pédophiles. Les Américains, les Irlandais, les Britanniques, les Allemands, les Français ont eu leurs lots de scandales, pris de haut par tous les donneurs de leçons des médias et du show-biz. Mais pas question, en revanche, d’imaginer faire le ménage dans leurs rangs. On ne s’attaque pas aux vedettes du petit et du grand écran. Si le mot « intouchable » a un sens, c’est bien à eux qu’il s’adresse. Voir la levée de boucliers autour de Polanski, il y a deux ans.

Occasion de me remémorer une conversation, voilà quelques années, avec des inspecteurs de la brigade des stups. Ils ne décoléraient pas devant une campagne anti-drogue où plastronnait alors un tennisman célèbre devenu depuis chanteur et dont ils connaissaient bien, eux, le goût pour les« remontants ».

« Il y a un degré de célébrité, disait l’un d’eux, où aucune vérité n’est plus dicible. Si, par exemple, on arrêtait demain Zidane en train de violer une petite fille, on ne pourrait tout simplement pas faire notre boulot. On se ferait lyncher. »

Il faut croire qu’il est plus facile de dénoncer l’exil fiscal que les crimes sexuels.

Marie Delarue, le 16 janvier 2013 // Boulevard Voltaire

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Du côté des médias

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Pouf 16/01/2013 20:22


Triste humanité....