Vous avez dit République exemplaire?

Publié le 12 Octobre 2012

Éric Branca 

Valérie TrierweilerPouvoir François Hollande, qui dénonçait la “confusion des genres” des années Sarkozy, ne semble pas pressé de donner l’exemple inverse… En six mois, sa compagne a conquis un rôle qui commence à irriter les Français. Et les élus socialistes font comme si tout leur était permis…

Il faudra sans doute davantage qu’un ou deux allers-retours présidentiels en TGV pour convaincre les Français qu’à défaut d’embellie économique ils peuvent compter sur l’exemplarité de leurs dirigeants. De droite comme de gauche, les électeurs ont en effet découvert, au fil des semaines, que l’autorité du chef de l’État était à la merci d’un tweet de sa compagne et celle du premier ministre de la dialectique boiteuse des Verts… Comme ils découvrent aujourd’hui que le président socialiste du conseil général des Bouches-du- Rhône, Jean-Noël Guérini, mis en examen, entre autres, pour “association de malfaiteurs” et présenté voici encore quelques mois comme une antithèse vivante de la morale publique, n’a jamais été aussi confiant dans sa bonne étoile, tandis que Dominique Strauss-Kahn voit son avenir judiciaire s’éclaircir avec l’abandon des poursuites engagées contre lui pour “viol en réunion” dans l’affaire dite du Carlton de Lille…

Coïncidences ? Peut-être. Mais comment empêcher l’opinion, et pas seulement celle des électeurs de droite, de trouver décidément bien mauvaise la farce de la « République exemplaire » servie par François Hollande tout au long de la campagne présidentielle ?

Pour avoir, ici même, jugé sévèrement la “pipolisation” de la politique qui avait marqué le précédent quinquennat (voir notamment notre couverture du 15 janvier 2009 regrettant l’importance démesurée consacrée par les médias à la naissance du bébé Dati, dont on reparle ces jours-ci en raison des polémiques sur sa paternité), il serait bien injuste de ne pas constater que, depuis l’élection de François Hollande, le phénomène a empiré. On pouvait sourire de Nicolas Sarkozy quand il annonçait à l’occasion de sa première conférence de presse à l’Élysée : « Carla et moi, c’est du sérieux » ; on ne peut qu’être saisi des “progrès” réalisés en quatre ans par cette « privatisation de la République », comme le dit joliment Valérie Pécresse.

Non contente de s’imposer à la cérémonie d’investiture de son compagnon et d’aller serrer la main des corps constitués (ce qu’aucune de ses devancières n’avait eu l’idée de faire, et c’était bien normal puisque celle qui partage la vie du président de la République, épouse ou compagne, n’occupe pas de fonction officielle), Valérie Trierweiler n’a pas craint d’entrer de plain-pied dans la chronique en provoquant, à La Rochelle, la défaite de Ségolène Royal.

L’épilogue d’un vaudeville, certes, mais ô combien décisif pour l’équilibre ultérieur des pouvoirs : depuis ce jour de juin 2012 où Mme Trierweiler a décidé, en pleine connaissance de cause, de bafouer, par jalousie, l’autorité du président (qui soutenait Mme Royal et lui avait offert le perchoir de l’Assemblée nationale, quatrième poste de l’État), quelque chose s’est bel et bien brisé entre François Hollande et les Français. Moins sur le fond de l’affaire qui les a, on s’en doute, laissés largement indifférents, que sur ce qu’elle révèle de l’anarchie régnant au sommet.

Selon un sondage de l’institut Harris Interactive réalisé entre le 28 septembre et le 1er octobre, moins d’un Français sur trois (29 %) déclare avoir une bonne opinion de Valérie Trierweiler et plus de quatre sur dix (44 %) estiment qu’elle occupe “une place trop importante dans la vie politique” (soit 58 % des sympathisants de droite et 31 % des sympathisants de gauche), 42 % des personnes interrogées estimant que “la vie privée de François Hollande a un impact négatif sur l’image qu’ils se font du président de la République”.

Et si ce n’était que cela ! Voici qu’après avoir instruit le procès en népotisme de Nicolas Sarkozy dans l’affaire de l’Epad (la mise sur orbite de son fils, Jean, pour prendre, en 2009, la présidence de l’Établissement public d’aménagement de la Défense), les socialistes réitèrent la manoeuvre pour la direction générale en faveur de l’un des leurs : Amin Khiari, 35 ans, fils de la vice-présidente PS du Sénat, Bariza Khiari. Une initiative révélée, le 26 septembre, par le Point, après qu’Europe 1 eut annoncé, la veille, l’embauche par le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, de son épouse, Véronique, comme chargée de mission. Ironie du calendrier : c’est ce même 25 septembre que, dans une déclaration solennelle, M. Bartolone s’était donné « cinq ans pour rendre l’Assemblée plus exemplaire, plus ouverte et plus utile »

Amin Khiari, un autre “fils de” à l’Epad ?

Amin Khiari est-il plus ou moins compétent que ne l’était Jean Sarkozy ? Certes, le fils de la sénatrice socialiste revendique un diplôme de l’Essec et cinq ans d’expérience comme directeur général du Pôle universitaire Léonard-de-Vinci (dit “fac Pasqua” du nom de son fondateur, alors président du conseil général des Hauts-de-Seine). Le site Société.com, qui fait référence, indique en outre que M. Khiari gère trois sociétés : Bel Air Consulting, spécialiste de la gestion, Motherwell (finance) et Dufrenoy Rôtisseurs, vouée, comme son nom l’indique, au « commerce de détail de viandes et de produits à base de viande en magasin spécialisé ».

Cela en fait-il pour autant l’homme idoine pour diriger l’un des quartiers d’affaires les plus prestigieux d’Europe, l’un de ceux, aussi, dont le redressement financier est le plus urgent ? Ceux qui mettaient en cause la “légèreté” de Jean Sarkozy (qui, de fait, redoublait alors sa deuxième année de droit) seraient bien inspirés, pour être équitables, de se demander pourquoi Amin Khiari a quitté, en 2010, le Pôle universitaire Léonard-de-Vinci.

Pour « carence dans sa gestion » et « parce qu’il ne bossait pas » a expliqué, laconique, Charles Pasqua, dans le Parisien du 29 septembre 2010, après la mise à pied de l’intéressé. Mais il n’est pas interdit, pour compléter le tableau, de prendre connaissance du rapport de la Cour régionale des comptes qui a précédé son licenciement et dont l’intégralité est en ligne (télécharger le rapport).

Des repas remboursés lors d’événements privés

Il y est ainsi fait mention, concernant l’établissement qu’il dirigeait, des « conditions extrêmement favorables que la direction s’accorde à elle-même », du « poids financier de mesures particulièrement avantageuses prises en faveur des salariés occupant des fonctions de responsabilité », mais aussi de gaspillage pur et simple d’argent public : « Les études diverses commandées à des prestataires extérieurs ont été nombreuses, alors que l’association disposait de collaborateurs dont les compétences auraient pu être mobilisées dans certains cas. »

Et que dire de l’abus de biens publics, explicitement visé dans le rapport : « Les frais de réception pourraient être assurément réduits, si les dépenses ponctuelles de prestige étaient supprimées ou si l’association cessait de prendre à sa charge les frais de repas exposés à l’occasion d’événements d’ordre privé. »

Il est, à coup sûr, de meilleurs viatiques… Tout cela n’empêche pas, cependant, le cabinet de Cécile Duflot, ministre de tutelle de l’Établissement public qui, à ce titre, promeut la candidature Khiari, de crier au complot.

Sur le site Mediapart, l’un des collaborateurs (non cité) de Mme Duflot s’insurge : « Il y a quelque chose de profondément raciste, là-dessous… Des “fils de”, il y en a dans tous les cabinets ministériels, comme dans les médias ou les directions d’entreprise. Mais ils sont blancs (sic) et on ne les ennuie jamais… »   Qu’en pense Jean Sarkozy ?   

Éric Branca

À lire également dans "Valeurs actuelles" :
Marseille. Guerini, le marionnettiste, par Jean-Michel Verne

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

Commenter cet article