Zemmour a raison : la France se suicide. Sauf que c’est peut-être un meurtre

Publié le 8 Octobre 2014

Par Guillaume Faye

Le journaliste, écrivain et analyste polyvalent , Éric Zemmour, qui appartient à la famille gaulliste-bonapartiste, vient de publier Le suicide français, les 40 années qui ont défait la France, (Albin Michel) un essai d’une lucidité et d’une pertinence rares. Ses observations et son diagnostic recoupent les miens sauf sur un point.

Le virus soixante-huitard

Sa thèse démarre sur le constat que depuis 40 ans, les élites culturelles, intellectuelles, médiatiques et politiques françaises ont déconstruit les valeurs de la nation et de la société françaises pour imposer une idéologie dominante, d’abord contestatrice ”antisystème” puis devenue doctrine officielle d’État, responsable du déclin français. C’est la vision du monde de Mai 68, d’origine gauchiste (tendance trotskiste) qui a infecté l’ensemble de la société. Cet appareil idéologique est un subtil mélange d’individualisme anarchiste libertaire, d’égalitarisme généralisé, de cosmopolitisme mal compris et antipatriotique, et de vulgate marxisante et antibourgeoise d’une hypocrisie sans complexe. Résultat clair, 40 ans après : explosion de la criminalité et lois judiciaires laxistes, immigration et islamisation massives, déconstruction des piliers de la société comme l’Éducation nationale, guerre contre l’ordre naturel et le bon sens, haine de l’ordre familial, mélange insipide de droit-de-l’hommisme autoritaire et d’individualisme libertaire. La suite est longue et les antidépresseurs font le bonheur des laboratoires.    

Zemmour démontre que cette idéologie minoritaire (portée par la bourgeoisie de gauche cosmopolite) s’est imposée, par infusion métapolitique, dans l’oligarchie politico-médiatique tenue par cette néo-bourgeoisie ; cette dernière ignore et méprise la France des petites gens autochtones qui est pourtant majoritairement, et de plus en plus, opposée à cette évolution. Ce qui en dit long sur notre ”démocratie”. Passons. 

Subversion nihiliste, elle-même suicidaire : cette idéologie, en effet, non seulement détruit l’ordre social auquel elle s’applique mais elle finira par se détruire elle-même par ses contradictions internes et ses utopies antinaturelles. Comme la guêpe qui meurt en empoisonnant de son dard sa victime. 

La trahison des clercs

Avec raison, Eric Zemmour juge l’Europe de Bruxelles comme une inversion perverse de l’idée européenne véritable, c’est-à-dire une anti-Europe, sans frontières et soumise à la fois à Washington et aux invasions extérieures. Une construction antidémocratique et antinationale. Le paradoxe est que la ”pensée 68”, au départ dans une posture marxisante et anticapitaliste, a abouti à l’économie de casino sans contrôle des mouvements spéculatifs de capitaux ; et au détriment de la souveraineté monétaire.   

La contradiction est absolue, au sein de l’idéologie d’État, entre, par exemple, l’islamophilie et le féminisme institué. Sans oublier le mariage homo. Cependant là, il ne s’agit pas d’un délire proprement français, mais ”occidental” au sens large. Le mal qui frappe la France empoisonne aussi tous les autres pays occidentaux. Par déficit de sève identitaire. Deux seuls essaient de résister : Israël et la Russie, deux cas à la fois différents et semblables pour qui sait réfléchir. Sans parler, hors Occident malade, du Japon, de la Chine et d’autres qui considèrent leur identité ancestrale comme allant de soi. 

L’idée centrale de Zemmour, le ”suicide”, est pertinente. Un peuple, un pays, le nôtre (et, au delà nos voisins et cousins) ne succombe pas par une invasion extérieure de force et victorieuse mais par un effondrement intérieur. Une première dans l’histoire. Les élites ouvrent volontairement les portes à l’invasion et sapent volontairement le socle de l’identité et des valeurs. Deuxièmement, ce terme de ”suicide” (qui est proche de mon concept d’ethnomasochisme) est étayé par la démonstration implacable que ce sont les élites intellectuelles (médiatiques, politiques, etc.) qui  ont empoisonné l’esprit public – et qui se sont aussi empoisonnées elles mêmes.  La diffusion mortifère, depuis les années 60 (en fait, c’est plus ancien) des dogmes égalitaristes sous couvert d’humanisme ont provoqué, comme des virus à retardement, la situation que nous subissons. De manière globale, tout est ce qui ”de gauche” est gauche, c’est-à-dire pas droit, maladroit comme l’étymologie l’indique. Le mérite de Zemmour est de faire une généalogie métapolitique du poison. Les idées mènent le monde et, si elles sont mauvaises, elles le mènent à sa perte. 

Zemmour a commencé par choquer à mort toute la caste bien-pensante de l’idéologie dominante, à gauche par conscience du danger idéologique qu’il représente, à droite par jalousie. Son talent le fait haïr par l’immense cohorte des médiocres. Mais celle-ci a rabattu son caquet devant son succès médiatique, parce qu’il exprimait ce que pense (ou plutôt, ressent) le peuple de souche, clientèle finale des médias. 

L’analyse du déclin français par Zemmour est d’une pertinence aigue, médicale  Et ce que  ne lui pardonnera jamais l’oligarchie, c’est d’avoir placé en contrepoint de son discours ce que Renaud Camus a nommé  le « grand remplacement » de population que j’ai préféré appeler la colonisation de l’Europe. C’est-à-dire l’immigration de masse extra-européenne subie par le peuple de souche et tolérée (pire,  provoquée) par l’oligarchie, droite et gauche confondues.   

Sur ce chapitre, Zemmour ne confond pas les conséquences (communautarisme, échec de l’intégration par abandon de l’assimilation) avec la cause : l’immigration de peuplement extra-européenne et musulmane massive, provoquée par le regroupement familial puis par les dogmes idéologiques européistes des frontières ouvertes et l’inexpulsabilité des marées de clandestins (Droits de l’homme). Les premières sont inévitables si l’on ne s’attaque pas à la seconde. On ne peut ”intégrer” que de petites minorités et, de plus, de culture proche.

Désaccords avec Zemmour

Là où je ne suis pas Zemmour, c’est dans sa nostalgie du modèle colbertiste et sa défense d’un certain étatisme pesant. Il s’en prend au ”libéralisme”, mais ce n’est pas de cela dont souffre la France. Elle souffre au contraire, dans une mondialisation capitaliste généralisé, de maintenir un système socialo-communiste ingérable. Il néglige les graves échecs de l’État-Providence, sa faillite financière, le poids insupportable d’une fonction publique surprotégée, les corporatismes syndicaux, un Code du Travail ubuesque etc. En ce sens, les héritiers de Mai 68 – bien que cosmopolites et mondialisés – sont bel et bien toujours restés marxisants et communisants.

La défense par Zemmour de l’État fort et souverain français est respectable mais a-t-il compris qu’un État fort doit être maigre et musclé ? Quand il dénonce les délocalisations, il incrimine Bruxelles et son « libéralisme autoritaire », mais il semble sous-estimer autre chose : le système socio-économique français, en réalité communiste et corporatiste, qui plombe notre économie,  détruit la rentabilité des entreprises, décourage et fait fuir les investisseurs et les créateurs d’emplois, sans que l’ ”Europe” n’y soit pour rien. Je ne cherche pas à convertir les bonapartistes au ” libéralisme”, ce concept assez flou, mais à proposer une vision ”schumpeterienne” de l’économie : c’est-à-dire  réconcilier l’entrepreneur (grand ou petit) avec le peuple travailleur et  l’État, en sachant que l’État, c’est nous. Et que la bonne vision de l’État, pour ceux qui fréquentent, les grands auteurs, ce n’est pas celle de Hobbes ni de Marx (la caste des fonctionnaires d’appareil) mais celle d’Aristote : l’association des citoyens libres et entrepreneurs et le patriotisme. Zemmour a raison sur tout, sauf sur sa conception des rapports entre l’État français et l’économie. 

Suicide ou tentative d’ethnocide ?

Un dernière chose et là, Éric Zemmour, en dépit  de la pertinence de son analyse, ne peut rien prévoir, pas plus que vous ni moi : il existe des suicides ratés. En effet, la France fait une tentative de suicide. Mais elle peut être réanimée et se réveiller. Mais est-ce vraiment la France qui se suicide ? Plus exactement, c’est une certaine oligarchie française qui, depuis 40 ans, opère ce suicide français. Mais représente-t-elle véritablement la France ? Elle a partie liée avec les forces de la colonisation de peuplement et avec toutes celles (”internationales”) qui veulent dissoudre l’identité de la France comme celles des autres nations européennes. 

Comme on le voit à de nombreux signes, la France autochtone des classes moyennes et modestes, jadis invisible, redevient visible. Elle, n’entend pas se suicider, mais résister à la mort. Le suicide français, opéré par une minorité médiatique, intellectuelle, politicienne ne serait-il donc pas plutôt un meurtre ? Une tentative de meurtre par empoisonnement lent ?

On peut suggérer l’idée d’ethnocide. En effet, l’oligarchie culturelle, intellectuelle, médiatique et politicienne responsable de cet état de fait depuis 40 ans est animée par trois sentiments : 1) l’individualisme libertaire (et présentiste) qui fait détester tout ordonnancement organique de la société, comme d’ailleurs toute esthétique, tout patriotisme, toute volonté historique ; 2) la haine pathologique de toute identité enracinée française (ou européenne, au vrai sens du terme, pas celui de Bruxelles) comme d’ailleurs de toute projection dans l’avenir, de toute ”grande politique”, de tout destin, de toute grandeur – et au final de tout vrai futurisme. 3) L’esprit de collaboration avec l’envahisseur ou le dominant extérieur, la xénophilie.  

Mais ce forfait peut échouer. Des intellectuels minoritaires, comme Zemmour, entendent être des éveilleurs, les réveilleurs de la colère du peuple. Le temps presse. Et pour l’instant qui, dans la classe politique, aura la trempe  d’affronter la tempête, une fois au pouvoir, par des actes ?

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Michel FRERET 09/10/2014 12:51


Ce n'est en effet pas un suicide, c'est un meurtre, un assassinat! Et je partage l'avis de Guillaume Faye, l'Etat que défend Zemmour n'est pas celui que je souhaite. Il faut libérer le travail et
l'entreprise, arrêter de tout régenter, arrêter de subventionner, faire de vraies économies qui permettront ainsi de créer de VRAIS emplois, pas des emplois de fonctionnaires qui alourdissent la
dette publique, non, de vrais emplois marchands, "fabricants", porteurs de valeur ajoutée et de richesse, richesse destinée à être partagée.

marée 09/10/2014 02:56


Merci à Eric Zemmour, presque seul contre tous ces minables qui se voilent la face,tous des hypocrites qui font semblant...car ils savent très bien ce qui se passent en ce moment dans notre
pays!!!

Epicure 08/10/2014 23:42


Personne d'autres que NOUS MÊMES sous la forme d'une réforme absolue du Système : tirage au sort de compétences pour une seule législature et des commissions tirées au sort  parmi des
compétences confirmées aussi 20 ans de réussite pro dans le Privé pouir les contrêlr; et l'intervention des gens dans la vie politique.... Finie la représentation non représentative qui confisque
ipso facto le pouvoir du peuple que ce dernier connard vient de lui donner en cadeau sans contreparties.


Si vous voulez pantoufler et être Enc.....et rêver.... Vous êtes libres. Mais vous serez déçus....

marco 08/10/2014 23:33


Avez-vous mieux a nous proposer Epicure ?si c'est pour nous servir le plat réchauffé UMPS ,nous  avons fais une sévère indigestion de promèsses non tenue de référendum escamotté de projet
aussitôt abandonné d'impôts salés,il faut passer a autre chose et en dehors de Marine QUI ??

Epicure 08/10/2014 20:38


Allons, les Français n'en démordent pas: ils adorent qu'on les fasse RÊVER. Alors rêvez. Ya pas de mal à ça. Mais ne vous plaignez plus ensuite quand vous vous rébveillez!

marie-plume 08/10/2014 15:24


Vous plaisantez? ...Mais nous avons la réponse: c'est Marine qui nous rendra la FRANCE que nous aimons! Il faut le dire et le redire et ne pas hésiter à franchir ce rubicon....

Epicure 08/10/2014 13:54


Je ne suis pas sûr que Zemmour soit aussi réac colbertiste mais il aurait en ce sens bien appris sa francité à l'éciole d'une République qui en fait n'a de nom que d'emprunt: elle ne fut jamais
une République mais une oligarchie franc-maçonne élue par la masse des paysans révioltés;  avant de sombrer dans l'oligarchie politico-financioère. Jamais elle ne traduisit sérieusement la
volonté du peuple qui se voyait dicter celle-ci par les oligarques anti républicains anti-sémites xénophobes ou marxistes (universitaires-écrivains populaoires) 


La France...Quelle France?


j'ai moi, la Nature généreuse, le saucisson sec devenu introuvable (le bon!) la Potée et quelques autres roborratifs plats de grand mères....Villon,Montaigne Rabelais Montesquieu Molière et
quelques autres aussi!